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Comment la mondialisation transforme-t-elle la façon de produire, de travailler, de communiquer? Voilà la question centrale qui préoccupe les membres du Groupe de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail de l'Université Laval.
par Gilles Drouin
Les effets de la mondialisation sur le travail sont visibles depuis quelques années déjà. Ici, l'abandon du droit de grève en échange d'investissement de la compagnie garantissant le maintien des emplois; là, la signature de contrats individuels en remplacement de la convention collective; ailleurs, la sous-traitance à outrance, souvent au détriment des conditions de travail.
«Ces exemples confortent la thèse selon laquelle la mondialisation conduit inexorablement à l'affaiblissement des institutions de régulation du travail, estime Gregor Murray, professeur au Département des relations industrielles de la Faculté des sciences sociales à l'Université Laval. Cependant, les études empiriques que nous menons sur le plancher des usines et dans les bureaux, ne permettent pas de brosser un portrait aussi clair et définitif.»
Cette régulation du travail passe par les organisations syndicales et patronales qui redéfinissent constamment les rapports de force au sein de l'entreprise. Elle passe aussi par les divers organismes comme l'Organisation internationale du travail (OIT). Enfin, les tribunaux, qui appliquent les règles et les normes édictées par le droit du travail, contribuent de façon importante à refaçonner la dynamique travail-capital.
S'adapter aux transformations
Les entreprises et les travailleurs cherchent des moyens de s'adapter aux transformations économiques mondiales. «Bien sûr, note le professeur Jacques Bélanger, du Département des relations industrielles, cette recherche était une réalité avant que la mondialisation devienne ce qu'elle est aujourd'hui. Toutefois la mondialisation accentue cette tendance dans toutes les entreprises qui subissent une pression internationale, qu'il s'agisse de grandes compagnies ou de PME exportatrices.»
«Au Québec, poursuit Jacques Bélanger, nous observons de plus en plus des manifestations de coopération au sein des entreprises.» Le chercheur s'est intéressé, entre autres, au cas d'une aluminerie québécoise. Les employés y travaillent en équipe sans supervision pendant la plus grande partie de la période continue de production. «Les employés ont bien intégré les exigences productives, mais le syndicat a conservé son autonomie par rapport à la compagnie, explique le chercheur. Ce n'est pas la fin du conflit salariés-patrons, mais les employés acceptent de participer à la recherche de façons de travailler plus efficaces afin de garder leur emploi.»
Salariés et patrons peuvent aussi s'allier de façon ponctuelle contre les conditions du marché, comme on l'a vu dernièrement avec Air Canada. «Il y a des logiques d'action distinctes, mais qui ne sont pas irréconciliables», précise Jacques Bélanger. Toutefois, les efforts des travailleurs ne suffisent pas toujours comme le cas de General Motors l'illustre bien. «Les salariés de l'usine ont fait beaucoup pour améliorer la productivité, rappelle le chercheur, mais la faible demande pour le produit fabriqué pesait lourd dans la balance. La décision de produire la Camaro s'est prise bien loin des travailleurs de Boisbriand.»
Droit national, entreprises transfrontalières
Les organisations syndicales et les institutions de régulation du travail accusent un certain retard, bien que la situation évolue rapidement du côté des syndicats. «Avant, précise Gregor Murray, les travailleurs de pays différents n'étaient qu'en concurrence. Aujourd'hui, les exemples de solidarité internationale se multiplient.»
Le décalage est très perceptible dans le droit du travail. «Le droit a été conçu en vase clos, explique Pierre Verge, professeur à la Faculté de droit de l'Université Laval. On cherchait les solutions les mieux adaptées à une situation propre à une province ou un pays. Notre droit est aussi adapté à un modèle d'entreprise classique. Or, les entreprises sont de plus en plus fragmentées, les employés sont moins souvent des salariés et le lieu de production prend plutôt la forme d'unités de production.»
Pour ce spécialiste du droit du travail, les amendements récents au Code du travail du Québec n'ont pas apporté de changements fondamentaux. «Actuellement, croit Pierre Verge, nous avons peur de nous singulariser par rapport au droit des pays environnants.» Les législations nationales peuvent-elles atteindre le vrai lieu de pouvoir? «L'exemple de la fermeture de l'usine de GM à Boisbriand illustre bien la difficulté, lance Pierre Verge. Le droit du travail québécois ne peut imposer une obligation de négocier qu'à la filiale de GM qui est l'employeur immédiat des salariés en cause.»
«Outre l'OIT et d'autres organisations internationales, poursuit Pierre Verge, des mécanismes, comme l'Accord nord-américain de coopération dans le domaine du travail, sont à même de réguler le travail au-delà des frontières nationales.» Ainsi, en vertu de cet accord, le public est en mesure de déposer des plaintes sur les conditions de travail, plaintes qui peuvent donner lieu à des actions concertées de syndicats et d'organismes non gouvernementaux.
«Dans ce contexte, relève Gregor Murray, la formule des codes de conduite est intéressante. En adoptant un code de conduite, l'entreprise s'engage à obéir à une certaine éthique, par exemple, en respectant les droits des travailleurs ou les normes environnementales partout où l'entreprise exerce ses activités. Ainsi, face à la pression de l'opinion publique en regard de ses pratiques de sous-traitance en Asie, Nike a nommé un vice-président aux droits humains.»
Pour Gregor Murray, la mondialisation de l'économie provoque des rapprochements intéressants. «Nous voyons de plus en plus des alliances entre des syndicats et des groupes de femmes, par exemple. On voit naître des coalitions plus larges et souvent disparates. Il s'agit d'un début de réponse à la mondialisation. Mais nous ne sommes pas en mesure pour le moment de cerner les institutions qui en émergeront.» Pour contrer les méfaits de la mondialisation, les travailleurs n'auront peut-être pas d'autres choix que de délaisser une certaine attitude de concurrence pour adopter un esprit de solidarité internationale.
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Bientôt un centre de recherche
Le Groupe de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail est le fruit d'une longue gestation de spécialistes en relations industrielles de l'Université Laval. Au cours de la dernière décennie et à la faveur de plusieurs collaborations scientifiques, des chercheurs de l'Université de Montréal et de l'École des hautes études commerciales de Montréal ont joint l'équipe, qui compte aussi un membre de la Faculté de droit de l'Université Laval. En tout, plus d'une douzaine de chercheurs forment le coeur du groupe qui attire, entre autres, quelque 25 étudiants de deuxième et troisième cycles. Une subvention FCAR a permis de soutenir l'équipe qui aspire à obtenir bientôt son statut officiel de centre de recherche. Le groupe compte aussi sur un réseau de collaboration internationale intéressant, notamment du côté des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France, et de plus en plus en Amérique latine.
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