À l'école du e-commerce

Le commerce électronique devient une réalité incontournable. Mais avant de se lancer, cela demande préparation. À l'Université Laval, entrepreneurs et diplômés trouvent la formation adaptée à leurs besoins.

par Gilles Drouin

«Se lancer tête baissée dans le commerce électronique peut s'avérer aussi risqué que de démarrer une entreprise sans plan d'affaires», lance Marthe Lefebvre, chargée de projet à Action-Emploi. La solution pour éviter les pièges de l'Internet? S'assurer de bien comprendre l'ABC du commerce électronique afin de planifier une approche qui s'intègre bien à la stratégie globale de l'entreprise.

Organisme à but non lucratif créé par le Service de placement de l'Université Laval, Action-Emploi annonçait à la fin de l'été dernier la création de deux réseaux de commerce électronique regroupant un total de 11 entreprises de la région de Québec. L'objectif: offrir une formation très concrète et pratique en commerce électronique bien adaptée à la réalité des entreprises.

«Nous sommes arrivés à ce projet un peu par accident, raconte Marthe Lefebvre. Avec Facto, l'entreprise d'entraînement des étudiants de l'Université Laval, nous touchions déjà au commerce électronique. Mais de plus en plus de gens, dont au ministère de l'Industrie et du Commerce du Québec, nous demandaient quelle formation l'Université pouvait offrir aux entreprises afin de les accompagner dans le commerce électronique. C'est alors que l'idée est venue d'offrir une formule d'accompagnement aux entreprises qui ont pris la décision de se lancer dans le commerce électronique et qui veulent au préalable définir leur stratégie d'affaires électroniques.»

Avec le soutien de la direction de la Formation continue de l'Université Laval, du ministère de l'Industrie et du Commerce et d'Emploi Québec, Action-Emploi a donc réuni des représentants de 11 entreprises de la région de Québec en deux groupes selon la taille des compagnies et l'importance de leur engagement dans le commerce électronique. Atrium Biotechnologies, Copernic, Exfo, Gentec, L'Industrielle Alliance, NStein Technologies, Amadeus International, Géolocation, Groupe CPS, Finproject N.A. et Sanilogik Technologies ont donc pris le chemin de l'école afin d'élaborer leur stratégie de commerce électronique.

Un cordonnier bien chaussé
Il n'a fallu que quelques mois pour concevoir et démarrer le cours «Construire l'entreprise digitale» au début de septembre. Il faut dire que l'Université Laval comptait déjà sur un expert en la matière. Tous ceux qui connaissent Stéphane Gauvin, professeur de marketing à la Faculté des sciences de l'administration, savent qu'il est un mordu des nouvelles technologies. «Il est mon gourou pour tout ce qui touche le marketing et l'utilisation des nouvelles technologies, lance Luc Masson (Administration des affaires 1995). Stéphane Gauvin a toujours été à la fine pointe de la technologie et il a toujours cherché à utiliser intelligemment les nouveautés en informatique.» Il n'a pas été difficile de convaincre cet étudiant au MBA à l'Université Laval, directeur de marketing chez Amadeus International, de suivre le cours conçu par St-phane Gauvin, son directeur de maîtrise.

La formule d'enseignement conçue par le spécialiste en marketing a tout pour plaire aux gens d'affaires. Ici, il n'y a pas de grands cours magistraux, mais plutôt des courtes présentations du professeur suivies d'échanges dynamiques entre les participants, le professeur et les experts invités lors des rencontres de groupe. Dans cette histoire, le cordonnier n'est pas mal chaussé! Tout le cours tient sur cédérom et peut être suivi par l'entremise du réseau Internet par ceux qui ont un accès haute vitesse.

Les participants apprécient aussi beaucoup l'entente de confidentialité qu'ils ont signée au début du cours. «L'idée de pouvoir échanger en toute quiétude avec d'autres gens d'affaires me plaît bien davantage que celle du cours magistral», souligne François Giroux (Administration des affaires 1982), président de Gentec, une firme de Sainte-Foy qui conçoit et fabrique, entre autres, des systèmes pour mesurer l'efficacité des lasers.

Peaufiner sa stratégie Internet
Tous les aspects abordés dans le cours sont placés sous l'enseigne de la pratique. Le tout est divisé en quatre modules qui traitent de tous les aspects du commerce électronique, de l'importance du réseau Internet à la sécurité en passant par les modèles d'affaires, les sites de ventes aux enchères, les fondements du design de sites Web interactifs et la formation du personnel pour n'en nommer que quelques-uns.

«L'encadrement est intime, précise Stéphane Gauvin. Le professeur n'est pas là pour pontifier, mais plutôt pour alimenter la discussion entre les participants.» Chaque participant présente son projet au groupe et au professeur lors des rencontres. Chacun formule ses commentaires sur le projet et c'est grâce à cet échange que chaque participant progresse dans son cheminement.

Le cours a permis à François Giroux de préciser son projet: «J'avais une idée de ce que je voulais faire avec Internet, mais ma vision était encore floue. Le cours est arrivé à point.» Il a notamment appris ce qu'était un modèle d'affaires dans le contexte du commerce électronique. «Je pensais le savoir avant de soumettre mon plan au professeur et aux participants», avoue-t-il.

Luc Masson apprécie lui aussi les échanges avec les autres participants. «Ce sont tous des gens d'affaires et ils constituent des clients potentiels, souligne-t-il. Nous avons donc pu peaufiner notre site Web à la lumière de leurs commentaires avant de le mettre en ligne.» Amadeus International, une entreprise de Québec, se spécialise dans la conception et la mise en marché de solutions informatiques facilitant la gestion des systèmes normatifs en entreprise tels que ISO 9000, une norme qualité, ou ISO 14000, une norme environnementale. Elle possède en fait deux sites Web, un premier destiné aux grandes entreprises et un deuxième conçu pour les petites entreprises, celui soumis aux participants du cours. «Étant donné le nombre très élevé de petites entreprises, explique Luc Masson, et du fait que nous visons un marché mondial, le commerce électronique nous semble une avenue très intéressante.»

Juste un cours? Non, un microprogramme!
Les représentants des entreprises peuvent ne suivre que le cours de Stéphane Gauvin pour démarrer dans le commerce électronique. Mais les diplômés peuvent pousser plus loin en s'inscrivant au microprogramme de deuxième cycle en commerce électronique offert depuis cet automne par la Faculté des sciences de l'administration (formation continue). «Nous répondons ainsi à une demande du marché», remarque Marie-Christine Roy, professeure au Département des systèmes d'information organisationnels qui a conçu le programme en collaboration avec ses collègues Pierre Pré-mont, François Bergeron et Jean-Marie Poulin.

Le programme s'adresse à des personnes qui ont déjà un diplôme universitaire et qui désirent une formation complémentaire en commerce électronique. Le microprogramme comprend quatre cours qui portent respectivement sur la stratégie, le marketing, la tech-nologie et le design dans le commerce électronique. «Pour chaque cours, précise Marie-Christine Roy, l'étudiant doit aussi réaliser un projet de mise en pratique.»

Une vingtaine d'étudiants ont fait une demande d'admission pour la première session, mais il y a actuellement environ 70 inscrits au programme, en ajoutant les étudiants libres. «La majorité des inscrits travaillent déjà, précise Marie-Christine Roy. L'enseignement à distance convient très bien à cette clientèle, mais il y a aussi une version du cours qui se donne en salle. Les rencontres avec les gens du secteur du commerce électronique se déroulent toujours le soir.»

La formule pédagogique et le contenu du programme ne plaisent pas qu'aux gens d'affaires et aux diplômés d'ici. «Nous discutons actuellement avec des universités françaises pour offrir le microprogramme là-bas par l'entremise du réseau Internet», précise Marie-Christine Roy. Au moment de l'entrevue, Stéphane Gauvin revenait d'un séjour à Bordeaux, en France, où il a donné le même cours. «J'ai aussi reçu des demandes de l'Australie», ajoute-t-il sans prétention. Comme quoi, en peu de temps, l'Université Laval s'est taillé une place intéressante dans l'univers de la formation au commerce électronique.

Des sessions intensives en commerce électronique

La Direction générale de la formation continue de l'Université Laval offre une série de huit sessions intensives en commerce électronique destinées aux chefs et aux gestionnaires des PME ainsi qu'à tous les professionnels qui agissent comme consultants auprès des entreprises. «Ces sessions sont conçues pour les entreprises de la région qui en sont au stade de la réflexion sur le commerce électronique, explique Bruno Déry, responsable des sessions.»

Les sessions offrent un bon survol de huit sujets: une introduction générale, le Web dans la stratégie de l'entreprise, le marketing, la communication, les aspects juridiques, la création d'un site, la sécurité et la technologie associée au commerce électronique. Chaque session dure six heures et comporte des mises en situation et des analyses de cas. Dans plusieurs cas, deux formateurs animent la session, un professeur de l'Université et un praticien du commerce électronique. Une première session a eu lieu à la mi-octobre.

Pour plus d'information, consultez le site www.ulaval.ca/dgfc, sous la rubrique «Sessions intensives» ou téléphonez au numéro (418) 656-3202.