Une pépinière d'entreprises

Crédit: Marc Robitaille

Depuis bientôt dix ans, Entrepreneuriat Laval fournit soutien et conseils aux étudiantes et étudiants voulant démarrer leur entreprise. Quelques-uns de ces derniers, maintenant diplômés et dont l’entreprise va de l’avant, témoignent de leur expérience avec l’organisme.

par Serge Beaucher

Partir sa propre entreprise: un rêve que caressent de plus en plus d’étudiants. Aider ces étudiants à réaliser leur rêve: une mission que remplit quotidiennement Entrepreneuriat Laval. Cet organisme à but non lucratif, qui a pignon sur le campus, offre aux jeunes entrepreneurs ateliers, conseils techniques, réseautage, accompagnement et plusieurs autres services. En dix ans, il a contribué au démarrage de 186 entreprises, dont les trois quarts sont toujours actives dans les domaines les plus divers.

Entrepreneuriat Laval est né d’un besoin exprimé par les finissants de plusieurs facultés au début des années 90. Dans trois sondages consécutifs effectués par le Centre d’entrepreneuriat de la Faculté des sciences de l’administration, une proportion importante d’étudiants à la veille d’intégrer le marché du travail disaient vouloir fonder leur entreprise. Ils souhaitaient du même coup être mieux outillés pour franchir ce pas, notamment en ayant accès à des cours assortis de conseils pratiques. Il se faisait déjà de la recherche en entrepreneuriat, certains cours touchaient cette réalité et de l’aide informelle se donnait ci et là dans les facultés, explique Micheline Grenier, présidente du conseil d’administration d’Entrepreneuriat Laval et directrice du Service de placement de l’Université. Mais il n’y avait rien de structuré, accessible à l’ensemble des étudiants et qui leur permette vraiment d’établir un pont entre la formation universitaire et la réalité du marché.

Du pratico-pratique

«Après plusieurs consultations sur le campus et à l’extérieur, nous avons convenu que ce pont devait prendre la forme d’une aide réelle, pratico-pratique, plus tangible que des cours», relate Yvon Gasse, professeur à la Faculté des sciences de l’administration et président d’Entrepreneuriat Laval jusqu’à l’an dernier. C’est ainsi que, dès 1993, il met sur pied un comité pour aider au démarrage de huit entreprises. Pour lever son propre financement, entre autres au moyen de subventions, le comité se transforme bientôt en organisme à but non lucratif indépendant de l’Université.

En plus de sa gamme de services, Entrepreneuriat Laval organise chaque année le volet local du Concours québécois en entrepreneurship. Ce concours encourage les participants à aller jusqu’au bout d’une idée, estime Yvon Gasse, et il leur donne une bonne évaluation de leur projet… sans parler des bourses qui y sont attachées: 5000$ pour les premiers prix de chaque catégorie.

Le vent en poupe

Comme l’intérêt de nombreux étudiants à se lancer en affaires a été reconfirmé dans un sondage récent, Entrepreneuriat Laval vient d’accentuer ses activités afin de se faire mieux connaître au sein de la communauté universitaire et de répondre encore davantage aux besoins. Selon Yves Plourde, le nouveau directeur général, l’organisme doublera le nombre de ses membres d’ici 2005 et contribuera au démarrage d’une soixantaine de nouvelles entreprises. Actuellement, Entrepreneuriat Laval compte 150 membres, dont une trentaine suivent les ateliers, et 16 entreprises sont en démarrage. L’organisme projette aussi d’augmenter ses partenariats avec les autres intervenants dans le domaine, tout en devenant l’acteur prioritaire en développement entrepreneurial sur le campus.

Entrepreneuriat Laval est accessible à tous les membres de la communauté universitaire ainsi qu’aux diplômés depuis moins de deux ans. Toutes les personnes qui s’y inscrivent ne se rendent pas nécessairement jusqu’à la création d’une entreprise. Mais toutes celles qui y parviennent n’ont que de bons témoignages à livrer sur leur expérience avec l’organisme, comme l’illustrent les quelques exemples ci-après.


L’UNIVERSITÉ LAVAL À L’HEURE ENTREPRENEURIALE

Forte des succès d’Entrepreneuriat Laval, l’Université élabore présentement un projet intégré et mobilisateur qui vise à la positionner comme étant à l’avant-garde du support et de l’encadrement des initiatives entrepreneuriales de ses membres au Québec et au Canada.
Ce projet prévoit: la construction d’un pavillon dédié à l’entrepreneuriat où seraient regroupés les acteurs œuvrant dans le développement entrepreneurial, la bonification des services conseils offerts aux étudiants entrepreneurs, la mise sur pied d’une chaire en innovation et entrepreneuriat, la reconnaissance et la valorisation des initiatives entrepreneuriales chez les étudiants, une collaboration soutenue avec les organismes de développement économiques externes et la création d’un profil entrepreneurial dans la plupart des programmes d’études soutenu par un généreux programme de bourses.

Ce qu’on vise au terme de ce projet, c’est que la force entrepreneuriale des membres de la collectivité fasse en sorte que l’Université Laval devienne la référence entrepreneuriale du monde universitaire.

Aide à distance pour deux conjoints

Deux conjoints. Elle, Pascale Charest, spécialiste en biologie végétale. Lui, Steeve Bourassa, entomologiste. Tous deux diplômés en biologie en 1996 et détenteurs d’une maîtrise de l’Université Laval. Chacun son entreprise, démarrée avec l’aide d’Entrepreneuriat Laval… à distance, par téléphone, par télécopie et par courriel. Ils vivaient à Ville de Laval, mais voulaient retourner dans leur Gaspésie natale, où la façon la plus sûre de travailler dans sa spécialité est de créer son propre emploi. Pour elle, ce serait la production de cerises de terre en serres, un champ d’activité encore inédit au Québec, alors que lui se lancerait dans la lutte écologique aux insectes et rongeurs nuisibles.

«Entrepreneuriat Laval m’a été utile de plusieurs façons, raconte Pascale Charest. La rédaction d’un plan d’affaires, c’est bien différent de la rédaction d’une thèse de maîtrise! Il faut laisser de côté le jargon technique au profit d’un langage simple, compréhensible par tous ceux qu’on va approcher. C’est le résultat auquel m’a amenée la conseillère d’Entrepreneuriat Laval au fil des versions successives du projet que je lui présentais, d’abord de ville de Laval, puis de Saint-Ulric où nous vivons maintenant.» Pascale Charest a trouvé bien utile le logiciel conçu par Entrepreneuriat pour monter des états financiers prévisionnels comprenant budget pro forma, amortissements, etc. Elle a aimé le partage d’idées pour élaborer le circuit de distribution de son produit, des serres jusqu’aux tablettes d’épicerie. Elle est aussi très contente des «tuyaux» de sa conseillère pour obtenir du financement et des subventions, et -elle est particulièrement heureuse de s’être inscrite, à la suggestion d’Entrepreneuriat Laval, au Concours québécois en entrepreneurship, dont elle a remporté des prix aux trois niveaux (local, régional et national). Avant même d’entreprendre la construction de ses serres (2500 mètres carrés de culture) ce mois-ci, l’entreprise Déméter horticole a ainsi récolté près de 22000$ de prix, en argent et en services conseils.

Steeve Bourassa aussi a récolté un prix au Concours (niveau local) pour son projet d’entreprise, Extermination Matane. Il offre aujourd’hui dans toute la péninsule gaspésienne un service basé sur le dépistage et la prévention. La qualité de son plan d’affaires, passé de 35 à 60 pages de la première à la dernière version, lui a valu non seulement les félicitations, mais une acceptation rapide du Centre local de développement de Matane lorsqu’il s’y est présenté pour obtenir une subvention de démarrage. «Entrepreneuriat Laval m’a aidé à mieux définir le marché potentiel de mon entreprise et à mieux cibler ma clientèle.»

Une entreprise… historique

Entrepreneuriat Laval n’existe pas seulement pour les finissants en administration, en informatique ou en génie. Des étudiants de toutes provenances peuvent recourir à ses services pour mettre une entreprise sur pied. Comme Lynda Simard et Stéphane Roy, deux bacheliers en histoire (respectivement en 1996 et en 1990), et leur collègue géographe Philippe-Antoine Hamel (1997), qui ont démarré La Compagnie des Six-Associés en 2000 (à l’origine il y avait également trois collaborateurs).

Cette entreprise, vouée à la communication de l’histoire sociale de la région de Québec, donne des conférences et fait de l’animation pour différents publics. Son produit vedette: les circuits thématiques à pied dans la ville. Pendant deux heures, un auditoire déambule de rues en édifices en compagnie d’un personnage d’un autre siècle, incarné par une animatrice ou un animateur costumé qui raconte l’histoire des lieux à partir d’un thème spécifique: crimes et châtiments, luxure et ivrognerie…

Outre les trois fondateurs, La Compagnie procure du travail à cinq personnes en été. L’objectif à court terme est de fournir au moins un emploi permanent, ce qui ne devrait pas tarder avec le développement qui est en train de se faire auprès d’une clientèle touristique.

«C’est par Internet que nous avons pris connaissance d’Entrepreneuriat Laval, raconte Lynda Simard. Au départ, notre plan d’affaires manquait de punch. La conseillère d’Entrepreneuriat avait de la difficulté à voir où nous voulions en venir; elle nous a poussés à préciser notre projet. À qui s’adressaient nos activités? Quelles étaient nos possibilités réelles de revenus? Combien allaient coûter nos recherches et les costumes pour habiller nos animateurs? Comment allions-nous assurer notre financement? »En plus, n’eût été d’Entrepreneuriat Laval, les nouveaux entrepreneurs n’auraient pas inscrit leur projet et n’auraient pas gagné un premier prix au Concours québécois en entrepreneurship 1999-2000, niveau national. C’est aussi par l’entremise de l’organisme qu’ils ont participé au salon Mentorat 2001, à Québec.

La fibre entrepreneuriale

Fabiola Masri a toujours eu la fibre entrepreneuriale. Quand elle était toute petite, au Liban, elle achetait des arachides en vrac pour les revendre en petits sacs, avec un profit de cinq pour un. Après son baccalauréat en diététique à l’Université Laval, en 1986, elle fondait sa première entreprise, comme consultante en nutrition, et pendant sa maîtrise en administration, elle ouvrait un restaurant qui s’est avéré «une très bonne école du monde des affaires». Aussi n’en était-elle plus à ses premiers balbutiements lorsqu’elle est passée par Entrepreneuriat Laval, d’abord pour une recherche de subvention gouvernementale liée à une demande de brevets pour des produits nutraceutiques, puis pour le démarrage de NutriVital, la nouvelle entreprise qu’elle mettait sur pied, cette fois avec de grandes ambitions.

«Même si je n’étais pas novice, Entrepreneuriat Laval m’a apporté un point de vue extérieur intéressant, dit-elle, en particulier pour la stratégie globale de mon projet. J’ai aussi eu beaucoup de conseils techniques, entre autres sur la meilleure façon de présenter des documents. Les conseillers de l’organisme connaissent en outre plusieurs programmes d’aide vers lesquels ils peuvent nous diriger.»

Fabiola Masri a, entre autres, été aiguillée sur le Concours d’entrepreneurship (2001-2002), dont elle a gagné le premier prix d’innovation technologique (niveau local) pour la gamme de produits qu’elle veut fabriquer et commercialiser: boissons nutraceutiques, jus de fruits gazéifiés ainsi que thés et tisanes. «Les 5000$ attachés au prix ont été vite dépensés, dit-elle, mais le laminé qu’on m’a remis est accroché dans mon bureau; il me dit que mon projet est valable et que je ne suis pas en train de rêver en couleur.»

Financé grâce à un budget crédible

«Il serait impossible de trouver 50000$ en première ronde de financement avec un budget tout croche.» Hugo Saint-Laurent (Génie chimique 1994) est catégorique: Silicycle, l’entreprise de récupération et de recyclage de silice qu’il a fondée en 1995 avec son partenaire Luc Fortier (Chimie 1988), n’aurait jamais vu le jour si elle n’avait pu compter sur ce capital de départ, amassé grâce au soutien d’Entrepreneuriat Laval. «Les conseillers que nous avons rencontrés deux ou trois fois par semaine pendant six mois nous ont aidés à bâtir un plan d’affaires et un budget crédibles, explique-t-il; ils nous ont aussi donné accès à leur réseau de contacts pour du financement.»
Aujourd’hui, Silicycle compte 35 employés et a un chiffre d’affaires dans les millions de dollars. Après s’être consacrée au recyclage, l’entreprise s’est convertie à la fabrication. Elle constitue maintenant l’un des sept ou huit fabricants de gels de silice au monde et le seul à produire des gels modifiés, à très haute valeur ajoutée. Les acheteurs sont des compagnies pharmaceutiques qui utilisent ces gels comme filtres pour purifier divers composés chimiques.

L’éclosion de Silicycle a aussi été favorisée par les deux premiers prix remportés au concours d’entrepreneurship en 1995. «Les 10000$ associés à ces prix nous ont permis de nous incorporer et de défrayer nos premières démarches», se rappelle Hugo Saint-Laurent. Par ailleurs, c’est Entrepreneuriat Laval qui avait mis les futurs copropriétaires en contact: il s’étaient d’abord présentés séparément avec chacun un projet.

Aujourd’hui, Hugo Saint-Laurent rembourse à sa manière les services rendus par Entrepreneuriat Laval: il siège au conseil d’administration de l’organisme.

Une croissance tranquille

«Sans l’aide d’Entrepreneuriat Laval, nous n’aurions pas connu cette croissance tranquille qui nous a menés jusqu’ici; nous nous serions probablement emballés et sans doute dégonflés, comme plusieurs autres dans notre domaine.»

Avant de démarrer son entreprise de services informatiques en compagnie de deux partenaires, en 1995, Carl-Frédéric De Celles (Économique 1993) se voyait déjà avec un chiffre d’affaires de trois millions de dollars, des clients tous azimuts et des projets dans tout ce qui s’appelait technologies de l’information. Il aura fallu les ateliers d’Entrepreneuriat Laval et une série de rencontres avec un conseiller de l’organisme pour que les trois étudiants (en économique et en graphisme) réajustent le tir. Ils ont compris qu’il fallait centrer leur projet, définir un créneau dans ce qu’ils connaissaient le mieux et justifier davantage leurs chiffres, dont l’optimisme confinait à l’irréalisme. Une deuxième version du plan d’affaires a été rédigée, puis une troisième et une quatrième. «Entrepreneuriat Laval nous a fait travailler très fort pour donner de la rigueur à notre projet.»

Sept ans plus tard, l’entreprise iXmédia poursuit une croissance modérée qui n’a encore jamais connu de recul. Les deux partenaires de Carl-Frédéric De Celles ont quitté, mais aux cinq emplois créés au départ, huit autres se sont ajoutés depuis. À terme, l’équipe devrait compter une vingtaine de membres. La spécialité de l’entreprise: réalisation de cédéroms et de sites Internet pour le secteur de l’éducation… pendant que d’autres aux horizons beaucoup plus larges n’auront vécu que le temps d’un clic!