La Fondation de l'Université Laval

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Robitaille

Antoine Bouchard, abbé, professeur, artiste et... philanthrope

La philanthropie est-elle l'apanage exclusif des gens riches et célèbres? Le fait de poser un geste important, comme faire un don majeur en argent ou en biens, relève- t-il exclusivement d'une certaine catégorie d'individus privilégiés? Bien sûr que non. La philanthropie est d'abord et avant tout un élan du coeur motivé par la reconnaissance, le souvenir ou encore un espoir en l'avenir. C'est un choix à la portée de quiconque veut bien s'y arrêter. Un choix qu'a fait Antoine Bouchard, abbé, professeur à l'Université Laval, artiste et philanthrope. Récemment, Antoine Bouchard acceptait de faire un don à La Fondation de l'Université Laval, un don témoignant d'un attachement profond à son alma mater.

par Nathaly Dufour, La Fondation de l'Université Laval

Né en 1932 à Saint-Philippe-de-Néri, Antoine Bouchard a obtenu de l'Université Laval un baccalauréat ès arts et une licence en théologie. Il est ordonné prêtre en 1956 et, parallèlement à sa formation générale, il étudie l'orgue d'abord avec les maîtres Claude Lavoie et Léon Destroismaisons, puis à Paris avec le maître Gaston Litaize. Professeur à l'Université Laval de 1966 à 1997, il a également agi à titre de directeur de l'École de musique (aujourd'hui la Faculté de musique) de 1977 à 1980.

La feuille de route d'Antoine Bouchard est impressionnante: de nombreux concerts partout au pays, aux États-Unis et en Europe; une série de 21 concerts enregistrés sur autant d'orgues historiques de six pays d'Europe, le tout présenté à Radio-Canada; une collection de 11disques compacts consacrés à l'intégrale de l'oeuvre de Johann Pachelbel, sur étiquette Dorian, etc. Il est aussi membre-fondateur des Amis de l'orgue de Québec et de la Fédération québécoise des Amis de l'orgue, et il a signé de nombreux articles pour des revues spécialisées.

Pas surprenant qu'il ait reçu plusieurs distinctions dont la Médaille «Gloire de l'Escolle» de l'Université Laval et celle de l'Ordre Painchaud de la Fondation Bouchard. Antoine Bouchard est également membre d'honneur de l'Académie de musique du Québec et professeur émérite de la Faculté de musique de l'Université Laval. Et pourtant, c'est un homme d'une simplicité désarmante et d'une grande générosité que nous avons eu le plaisir de rencontrer, chez lui, sur les rives du fleuve qui rythme désormais des journées un peu plus paisibles.

Je me souviens

«J'ai passé ma vie à la Faculté de musique et j'y ai été extrêmement heureux, explique Antoine Bouchard. L'Université Laval a été l'une des premières universités à avoir une école de musique et cette école a été d'abord fondée pour la musique liturgique. Aujourd'hui, la mission est beaucoup plus large que cela, mais la dimension liturgique n'a jamais disparu. Je ne suis pas riche, mais je trouvais normal de laisser quelque chose à l'Université», poursuit-il. Ce «petit quelque chose», comme il l'appellera lui-même à maintes reprises, est un don de plus de 70 000 $ destiné au développement de la musique liturgique à l'orgue et dans le chant choral.

«J'avais déjà contribué auparavant, comme la majorité des professeurs. Après avoir vendu des actions qui avaient monté en Bourse, je me suis tout à coup retrouvé avec un montant d'argent qui, de toute façon, serait allé en grande partie au gouvernement en impôts. Je trouvais le moment opportun puisque je venais tout juste de quitter pour la retraite. J'ai donc fait d'une pierre deux coups!»

Et l'attachement d'Antoine Bouchard à l'Université Laval et à sa Faculté de musique est manifeste. C'est toute une vie consacrée à la diffusion et à la transmission d'un art que l'institution a vu défiler en ses murs et rayonner à travers le monde. «L'Université, par définition, travaille toujours pour l'avenir, dans une continuité, sur des choses qui bougent. L'Université est capitale, particulièrement dans le domaine de la musique liturgique. Il suffit de regarder l'histoire de la musique occidentale: aussi loin que l'on puisse remonter, on constate qu'une majorité de musiciens ont d'abord été musiciens d'église. Je pense que contribuer au mieux-être de la musique liturgique, c'est contribuer au mieux-être de toute la musique, car cela va au-delà du culte religieux pour devenir une dimension de l'Homme.»

L'importance d'une mission

«Dans mon petit geste, il y a beaucoup de reconnaissance pour cette institution. Et quand je parle d'institution, en fait, je parle des gens. À la Faculté et dans tout le reste de l'Université, le climat a toujours été si agréable. Ce que je fais, c'est bien peu de chose en comparaison avec ce que j'ai reçu de l'Université Laval. J'ai donc eu l'impression de faire quelque chose de logique en rapport avec les fonctions de l'Université et par rapport à ma petite participation dans un ensemble qui fait de grandes choses! Et je suis convaincu qu'il y a bien d'autres de mes collègues qui sont dans cette situation et qui sont en mesure de poser un geste eux aussi. C'est aux individus de mettre la main à la pâte, puisque l'État a, d'un côté, coupé les vivres de façon importante, et de l'autre, instauré des mesures fiscales qui encouragent les gens à donner.»

Ce n'est pas parce qu'il a pris sa retraite qu'Antoine Bouchard se tourne les pouces! Il se retrouve à nouveau, en véritable artiste qu'il est, en pleine création. «Je suis en train d'écrire un livre sur l'évolution de la façon de jouer de l'orgue. Il y a très peu ou pas d'écrits sur le sujet en français. Personne ne raconte cela. Ça fait un an et demi que j'y travaille. J'ai un plaisir fou à faire cela. Je me suis même acheté un ordinateur!»

Pour chaque don, il y aurait sûrement une histoire à raconter. Une histoire de coeur, une histoire de cause. Il était une fois des gens...