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6 avril 2006

   

Université Laval

Docteur Web

La multiplication des cybersites médicaux n'entraîne pas une soustraction des dépenses en santé

par Jean Hamann

Chez les personnes souffrant de maladies chroniques, l'utilisation d'Internet pour obtenir de l'information sur leurs problèmes de santé est directement reliée à la consommation de services de santé dans le monde réel, révèle une étude menée au Département des systèmes d'information organisationnels. "Nous croyons qu'il s'agit là d'une relation causale, même si nous n'avons pu le démontrer hors de tout doute, précise l'auteure de l'étude, Hager Khechine. L'information véhiculée sur Internet ne semble pas apporter de valeur ajoutée au système de santé." Ceux qui croyaient que la multiplication des cybersites sur la santé allait contribuer à diminuer la consommation de ressources médicales, et éventuellement les dépenses en santé, en prennent donc pour leur rhume.

Dans le cadre de ses études doctorales menées à la Faculté des sciences de l'administration sous la supervision de Daniel Pascot, Hager Khechine a interrogé des personnes atteintes de maladies chroniques qui utilisent Internet pour obtenir de l'information sur leurs problèmes de santé et sur les traitements existants. Les participants, 120 anglophones et 122 francophones, ont été recrutés par le biais d'annonces placées dans les sites Web traitant de problèmes de santé. Les patients qui surfaient le plus sur Internet étaient ceux qui faisaient la plus grande utilisation des services de soins de santé en termes de nombre de rendez-vous pour des consultations, d'examens complémentaires demandés par le patient, d'appels téléphoniques au personnel soignant, de changement de médecin traitant et d'hospitalisation. Par contre, souligne la chercheure, l'observance des traitements était plus grande chez les bons utilisateurs d'Internet, ce qui pourrait entraîner certaines économies.

En l'an 2000, il existait déjà entre 15 000 et 20 000 sites Web et 25 000 groupes de discussion sur Internet dont l'objet principal était la santé. En 2004, 111 millions d'Américains ont visité au moins une fois un site de cybersanté alors que près de 75 % des internautes canadiens en faisaient autant. Maintenant professeure au Département des systèmes d'information organisationnels, Hager Khechine interprète ces données comme une preuve que les individus souhaitent jouer un rôle actif dans la prise en charge de leur santé et participer aux décisions concernant les soins qu'ils reçoivent. "Les nouvelles technologies de l'information peuvent les aider à prendre de bonnes décisions en matière de santé. Pour l'instant toutefois, l'information est mal ciblée et ces outils d'information sont encore mal exploités", estime-t-elle.

Internet est en voie de transformer la dynamique entre les patients avec le monde médical, constate de plus la professeure Khechine. Si certains professionnels de la santé voient d'un mauvais oeil ce nouveau partage des forces en matière d'information médicale, d'autres y sont carrément sympathiques. Qui sait, peut-être verrons-nous bientôt des médecins ajouter des adresses de sites Web sur leurs ordonnances!