Au fil des événements
 

6 avril 2006

   

Université Laval

Apprendre l'anglais et faire carrière

Les jeunes qui quittent Québec le font principalement pour des raisons liées au travail

par Yvon Larose

Si un nombre appréciable de jeunes de 35 ans et moins qui résident à Québec tiennent à refaire leur vie ailleurs, c'est d'abord pour acquérir une bonne maîtrise de la langue anglaise. C'est ce qu'ont dit 24 % des 88 jeunes de 15 à 35 ans, représentant une grande variété de niveau d'études et d'emploi, que l'on avait réunis, le dimanche 2 avril au Grand Salon du pavillon Maurice-Pollack, dans le cadre du Forum "Les jeunes d'ici, partir ou rester". Cette activité était organisée par l'Université Laval, en collaboration avec la Commission de la capitale nationale du Québec. Une cinquantaine de décideurs régionaux étaient également présents. Ils ont discuté des constats exprimés par les jeunes. D'autres raisons de quitter Québec ont été avancées par les jeunes participants. Pour 14 % d'entre eux, ce geste a pour but de trouver un emploi qui correspond aux attentes. D'autres (14 %) croient que c'est pour faire avancer la carrière. Et un autre 10 % estime que c'est pour vivre dans un milieu urbain plus diversifié sur le plan ethnique.

"Je pensais que plein de jeunes diraient qu'ils partent de Québec pour quitter le nid familial et pour vivre leur vie, pour la liberté. Mais les principales raisons sont liées à l'emploi. Pourtant, le niveau d'emploi est élevé dans la région de Québec, plus qu'à Montréal", indique Michel Lemieux, consultant en recherche, collaborateur au Forum et responsable d'un sondage réalisé en mars dernier par la maison SOM auprès de 600 répondants adultes francophones de la région de Québec. "Je ne m'attendais pas à ce que l'élément bilinguisme sorte aussi fort, poursuit-il. Les jeunes voient vraiment l'unilinguisme français comme un obstacle à la promotion au travail." Le sondage visait à mesurer les perceptions relativement à l'exode des 15 à 35 ans. Selon 69 % des répondants, les jeunes qu'ils connaissent et qui ont quitté la région l'ont fait pour occuper un emploi ailleurs.

Une mauvaise perception
Michel Lemieux croit qu'il est exagéré de parler d'exode, même si 40 % des répondants au sondage et 68 % des jeunes du Forum estiment que le nombre de jeunes qui quittent la région est en augmentation. "Nous avons un problème de perception, dit-il. Le phénomène est moindre qu'il y a quelques années. Il a diminué et il s'est stabilisé. Cela dit, 38 % des jeunes participants ont répondu qu'il était très probable (15 %) ou assez probable (23 %) qu'ils quittent la région dans les deux ou trois prochaines années. La situation demeure donc fragile. Si le marché de l'emploi se détériorait ici, on pourrait imaginer une augmentation des départs." Signe des temps, c'est la ville de Calgary, au cur de l'Ouest pétrolier, qu'ont choisie 29 % des jeunes participants au Forum à qui l'on avait demandé dans quelle ville, région, pays ou continent ils aimeraient aller vivre. "Un choix dicté par des considérations économiques", souligne Michel Lemieux.

Si plusieurs jeunes veulent quitter la Vieille Capitale, d'autres tiennent au contraire à y rester. "Québec s'en tire bien, il s'y fait une assez bonne rétention des jeunes", affirme Michel Lemieux. Parmi les jeunes du Forum, 15 % croient que cette ville représente un endroit convenable pour élever des enfants, 13 % soulignent la proximité de la nature et de la campagne, 12 % estiment qu'on peut y trouver un emploi à son goût et 11 % perçoivent la ville comme un endroit convenable où poursuivre des études.

Faire de Québec une ville du savoir et de l'innovation, mettre en place des mesures pour accueillir davantage d'immigrants, diminuer la pauvreté et agir sur le marché de l'emploi sont les principales solutions amenées par les jeunes participants. "Les jeunes se sont dits très ouverts à l'immigration, indique Michel Lemieux. Ils ont déploré le fait que Québec ne soit pas davantage multiculturelle."

Le discours de clôture a été prononcé par le recteur Michel Pigeon. Celui-ci a insisté sur l'importance du rôle que l'Université, comme cité éducative, peut jouer pour attirer et retenir les jeunes à Québec. "L'Université, a-t-il dit, a entrepris d'internationaliser plus que tout autre université québécoise ou canadienne ses programmes de formation." Cela veut dire, entre autres, que les programmes de mobilité offerts permettent à un étudiant de poursuivre ses études pendant quelques mois en pays étranger, notamment dans les pays anglo-saxons. Sur le plan de l'emploi, Laval apporte un soutien actif au développement technologique régional. "C'est aussi pour développer la culture entrepreneuriale ici que l'Université a créé Entrepreneuriat Laval et mis sur pied le profil entrepreneurial dans un nombre grandissant de ses programmes de formation", a ajouté le recteur. Le pouvoir d'attraction de l'Université se constate également dans le nombre d'étudiants étrangers, plus de 3 000, qui y poursuivent leurs études. Globalement, environ la moitié des étudiants inscrits à Laval provient de l'extérieur de la région de Québec.

Le compte-rendu du Forum, ainsi que les résultats du sondage et ceux de quatre groupes de discussion tenus auprès de jeunes en mars 2006, seront présentés aux décideurs de la région de Québec. Ces données seront également versées dans le site Web de l'Université dans les prochaines semaines.