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6 avril 2006

   

Université Laval

Le courrier

Un petit centre d'achat, avec ça?

Dans sa recherche désespérée de financement, l'Université Laval cherche à s'associer avec le groupe Sobeys pour créer un "magasin-école" sur le campus assorti d'une Chaire Sobeys en commerce de détail. Le doyen de la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation se fait le promoteur de ce projet auprès des instances universitaires. Il y a lieu de s'inquiéter d'un tel projet, principalement sur le plan académique. Alors que l'Université est déjà sur la sellette médiatique pour des recherches sur le jeu commanditées par Loto-Québec, veut-on continuer à être la cible d'interrogations sur l'éthique de la recherche que nous pratiquons dans notre institution?

Le document présenté pour "vendre" le projet au CA promet mer et monde: rôle dans la formation des étudiants, laboratoire de recherche, services à la collectivité. En contrepartie de la construction d'un supermarché, Sobeys financerait une Chaire de recherche à hauteur initiale de 2 millions de dollars en plus d'y verser une partie de ses profits. Quant à l'Université, elle fournirait le terrain (5 000 m2), des profs, des étudiantEs.

Ce document précise également que la Chaire soutiendra "le développement et l'adaptation de cours, la réalisation de recherche sur le comportement du consommateur, l'adaptation des magasins aux attentes de la clientèle, les besoins des entreprises quant à la gestion de la chaîne d'approvisionnement, le développement de sessions de formation continue". Est-ce là le genre d'université que nous voulons? Une université qui pratique la formation sur mesure pour une entreprise? Une université dont les ressources professorales sont mobilisées afin d'accroître la profitabilité d'une entreprise? Une université dont les étudiantEs servent de cheap labor?

En tant que professeurEs, nous pensons plutôt que la mission de l'université doit en être une qui valorise la formation fondamentale chez les étudiantEs, ce qui permet qu'ils et elles deviennent non seulement des travailleuses et des travailleurs compétents, mais aussi des citoyennes et des citoyens critiques. Nous pensons également que la recherche doit être pratiquée en toute liberté.

Après les batailles entre Coke et Pepsi pour le monopole des machines distributrices, après l'installation d'une imitation des zones de fast-food des centres commerciaux au rez-de-chaussée du Desjardins, l'Université veut maintenant nous faire avaler un supermarché. À quand le projet d'un centre d'achat au complet?

DIANE LAMOUREUX
Professeur titulaire, Département de science politique, Université Laval

Cette lettre a reçu l'appui d'autres professeures et professeurs de l'Université Laval: Georges Azzaria, Claude Bariteau, André Bélanger, Colette Bernier, Mustapha Bettache, Manon Boulianne, Marie-Andrée Couillard, Michelle Cumyn, Denys Delâge, Louis-Jacques Dorais, Sabrina Doyon, Andrée Fortin, Gilles Gagné, Serge Genest, Jean-Jacques Gislain, Jean Noël Grenier, Frédéric Hanin, Martin Hébert, Mark Hunyadi, Pierre Issalys, Marie-France Labrecque, Sylvie Lacombe, Louise Langevin, Jacques Larochelle, Frédéric Laugrand, Raymond Massé, Bjarne Melkevik, Sylvie Morel, Roberta Mura, Madeleine Pastinelli, Sylvie Poirier, Louise Quesnel et Marie-Andrée Ricard.