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30 mars 2006

   

Université Laval

Au dodo les enfants!

Le risque d'embonpoint est trois fois plus élevé chez les jeunes qui dorment peu

par Jean Hamann

Moins un enfant dort, plus il risque de souffrir de surpoids, rapportent des chercheurs de la Faculté de médecine dans le dernier numéro de l'International Journal of Obesity. Le risque d'embonpoint serait jusqu'à 3,5 fois plus élevé chez les jeunes qui dorment peu que chez ceux qui dorment beaucoup, démontre l'étude menée par Jean-Philippe Chaput, Marc Brunet et Angelo Tremblay.

Ces résultats proviennent de données recueillies auprès de 422 jeunes Québécois de 5 à 10 ans (en moyenne 6 ans) qui fréquentaient une école primaire de Trois-Rivières en 2003. Des kinésiologues d'expérience ont mesuré le poids, la grandeur et le tour de taille de chaque enfant pendant son cours d'éducation physique. Les renseignements sur les habitudes de vie des enfants et sur le profil socioéconomique familial ont été obtenus par le biais d'entrevues téléphoniques réalisées avec leurs parents.

À partir de l'indice de masse corporelle, les chercheurs ont établi que 20 % des garçons et 24 % des filles souffraient d'embonpoint. Les jeunes qui dormaient moins de 10 heures par nuit avaient un risque de surpoids 3,5 fois plus élevé que ceux qui en dormaient 12 ou plus. Aucun des autres facteurs considérés dans le cadre de l'étude - l'obésité des parents, leur niveau d'éducation, le revenu familial, le fait de passer plus de trois heures par jour devant le téléviseur ou l'ordinateur, la pratique régulière d'activités physiques - n'avait une influence aussi forte sur le risque d'obésité que les heures de sommeil.

La piste hormonale constitue pour le moment l'hypothèse la plus vraisemblable pour expliquer le lien entre le sommeil et l'obésité. "D'une part, le manque de sommeil diminue la concentration de leptine, une hormone qui stimule le métabolisme et diminue la faim. D'autre part, la concentration de ghreline, une hormone qui stimule l'appétit, augmente lorsque les nuits sont courtes", explique Angelo Tremblay.

La progression de l'obésité et le raccourcissement des nuits de sommeil, deux phénomènes de société qui se manifestent parallèlement depuis quelques décennies, pourraient donc être davantage liés qu'il n'y paraît à première vue. Entre 1960 et 2000, alors que la prévalence de l'obésité doublait, la nuit de sommeil moyenne perdait entre 1 et 2 heures. Pendant la même période, la proportion de jeunes adultes qui dorment moins de 7 heures par nuit est passée de 16 à 37 %.

Les chercheurs reconnaissent qu'il est paradoxal que la minceur soit associée au sommeil, la plus sédentaire de toutes les activités humaines. À la lumière de leurs résultats, la meilleure prescription pour contrer l'obésité chez les jeunes serait de les encourager à bouger plus et à dormir suffisamment.