Au fil des événements
 

9 mars 2006

   

Université Laval

Univers parallèles

Les voix uniques de trois jeunes diplômés de l'École des arts visuels

par Pascale Guéricolas

Il suffit de pousser la porte de la Galerie des arts visuels ces jours-ci pour pénétrer brusquement dans trois univers artistiques différents. En pleine lumière, les toiles de grande dimension de Thierry Bossé-Arcand racontent une histoire très colorée aux accents de pop art. Au fond de la salle, les tableaux sur bois de Catherine Hébert préfèrent chuchoter leurs d'états d'âme, tandis que les compositions de Josée Landry-Sirois déclinent leurs variations autour du récit amoureux d'une manière très personnelle. Trois artistes, trois voix distinctes qui illustrent bien la diversité de l'art contemporain. Et, surtout, le travail constant pour se forger un style personnel petit à petit.

D'abord attiré par l'univers de la bande dessinée et du dessin, Thierry Bossé-Arcand épure de plus en plus ses tableaux et se concentre sur un seul sujet. Une de ses toiles représente un bonhomme "Playmobil" très agrandi aux couleurs éclatantes. Ce jouet s'est imposé à lui alors qu'il découvrait avec fascination les nombreux spécimens du fabricant. "Pour moi, ils représentent le bonheur parfait, l'aspiration à un monde idéal, avec leur sourire identique, leurs yeux marron semblables", ironise le jeune homme. À l'entendre, on devine que cet univers est fragile et tout en surface puisque le personnage ne nous laisse rien deviner de ses pensées. D'aspect hyperréaliste et très précises de loin, ses toiles, vues de près, font fi d'un certain idéal de façade. L'immense pièce de viande qui occupe le tableau rouge Steak numéro 3 perd ainsi son aspect carnassier lorsqu'on observe les volutes de blanc et de rouge composant sa chair. Brusquement, la couleur reprend ses droits et impose sa vision, sans se soucier de référer à la vie ou au sang.

Hasards de composition
Cet univers très tonique semble aux antipodes de la série d'images sur bois à priori très tranquilles de Catherine Hébert formant une longue ligne sur deux murs de la galerie. Cette dernière se risque pourtant dans des sujets graves, comme ce coup d'il dessiné sur la noyade d'un homme dans un lac. Utilisant des planches trouvées au hasard de ses promenades, la jeune femme s'inspire des accidents du bois pour construire ses récits.

Un triangle manquant sur l'un des panneaux devient, par exemple, l'image d'une montagne sur plusieurs autres supports. Les trous dans la surface se transforment brusquement en fruits de cet arbre gravé. Les moitiés d'un visage peint se contemplent l'une l'autre. À ses yeux, ces images de phares, d'arbres nus et parfois d'oiseaux de passage représentent autant d'états d'âme comme la solitude, l'espoir, la fuite ou l'amour. "Certains pensent que le Sacré-Cur que je dessine sur plusieurs tableaux symbolise la religion, mais je ne suis pas marquée par ces références, confie Catherine Hébert. En fait, pour moi, il s'agit plutôt de la vie, de l'amour." Un thème que Josée Landry-Sirois connaît bien. Elle parsème ses compositions, constituées de photographies et d'images reproduites, de symboles amoureux comme des chandelles, des curs, des mots tendres. "Parfois, c'est la répétition d'un même mot comme "amour" qui finit par devenir dérisoire, souligne-t-elle, comme ces papiers trouvés dans les biscuits chinois qui disent: "Vous êtes unique parmi tant d'autres". Bien sûr, cela peut paraître futile mais, en même temps, c'est plein d'espoir." Comme le Petit Poucet, l'artiste parsème ses oeuvres d'objets déjà utilisés, accumulés parfois depuis des années comme ces papiers de bonbon ou ces allumettes à moitié brûlées. Des traces, à l'entendre, de ces petites fins qui jalonnent sa vie, de moments qui ne se reproduiront plus. Une horloge en forme de cur et faite d'allumettes usagées, tracée sur le mur, capture les moments intenses tout comme ceux qui s'éteignent. Au public de trouver sa place sur la roue chiffrée du tendre.

L'exposition "Vous êtes uniques parmi tant d'autres" se tient jusqu'au dimanche 12 mars à la Galerie des arts visuels, édifice de la Fabrique, 255 boulevard Charest Est, du mercredi au vendredi de 11 h 30 à 16 h 30 et les samedi et dimanche de 13 h à 17 h.