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9 mars 2006

   

Université Laval

Les moulages sortent de l'ombre

La petite salle d'exposition du pavillon Jean-Charles-Bonenfant a des allures de galerie du temps passé avec ses dessins et ses huiles côtoyant des têtes ou des bustes en plâtre. Lyne Lafontaine, Lilyane Coulombe et Yvan Breton affichent en effet des oeuvres réalisées d'après des moulages de la collection de l'Université Laval qu'ils fréquentent depuis une dizaine d'années. Les nus, les reproductions de bas-reliefs, du "Gladiateur Borghese" sculpté vers 100 avant Jésus-Christ, ou du Julien de Médicis de Michel-Ange inspirent toujours ces artistes contemporains. "Contrairement aux modèles vivants, les plâtres ne bougent pas durant les trois heures d'une séance de dessin, souligne Yvan Breton qui utilise aussi ces reproductions dans ses cours à l'École d'architecture. Ils permettent donc d'améliorer son dessin du corps humain grâce aux contrastes d'ombre et de lumière."

Tout comme Lyne Lafontaine, cet amoureux du figuratif a notamment été charmé par la finesse des courbes allongées de la reproduction de la "Vénus sortant du bain", sculptée en 1767 par Christophe-Gabriel Allegrain. "J'aime beaucoup ces modèles sages, leur pose, leur élégance, leur expression, renchérit Lyne Lafontaine. Je les dessine au crayon de plomb ou parfois je les peins à l'huile comme cette série de têtes que j'ai baptisée "Introspection."

Ces reproductions ne sont que quelques-uns des 550 moulages qu'abritent les collections de l'Université Laval. Des moulages que l'on pourrait facilement qualifier de survivants. Cet héritage de l'École des Beaux-arts de Québec a bien failli disparaître en effet dans les années 1970 alors que l'École des arts visuels était créée. À cette époque, les méthodes d'apprentissage du dessin changent drastiquement. Les professeurs ne veulent plus utiliser des répliques des oeuvres passées pour former le coup de crayon de leurs élèves. La collection de moulages provenant en grande partie des ateliers du Musée du Louvre tombe donc dans l'oubli et une grande partie des quelques 2 000 pièces disparaît.

En 1978, la spécialiste en ressources documentaires Gisèle Wagner apprend leur existence alors qu'elle commence à travailler aux Collections de l'Université Laval. Où se trouvent le moulages? Sous les gradins de la patinoire au PEPS! "Ils étaient entassés dans une petite pièce qui ne fermait pas à clef, raconte-t-elle, et certaines statues avaient des membres cassés ou avaient perdu leur tête. J'ai dû aller chercher les dernières pièces à plat ventre car les gradins limitaient la hauteur du plafond de cette salle." Dès lors, ces répliques témoins de l'art antique, ces bustes de personnages célèbres comme Molière, ces têtes de la Renaissance se retrouvent dans la réserve des collections de l'Université. Oubliées? Pas tout à fait. À la fin des années 1980, l'architecte responsable de la conception du pavillon La Laurentienne emprunte quelques statues pour donner une allure grecque antique au hall du bâtiment.

"Bien des gens alors se sont insurgés car ils trouvaient inacceptables de voir des nus dans une université, se souvient Gisèle Wagner. Il a fallu leur expliquer qu'il s'agissait de personnages de la mythologie romaine et préciser leur importance." Depuis, les moulages ont retrouvé leur droit de cité. De temps en temps, un professeur les emprunte pour enseigner aux élèves les subtilités de l'anatomie humaine. Yvan Breton a emmené récemment ses élèves en dessin d'expression de l'École d'architecture dans les collections, et plusieurs artistes y posent leur chevalet régulièrement. Pour Gisèle Wagner, qui veille à leur conservation, ces moulages apportent une valeur scientifique artistique à la collection. Ils témoignent en effet des méthodes d'enseignement en vigueur autrefois et ne peuvent donc disparaître brusquement de notre mémoire collective.

Les oeuvres de Lyne Lafontaine, Lilyane Coulombe et Yvan Breton sont présentées jusqu'au 10 mars dans la salle d'exposition de la Bibliothèque.