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9 mars 2006

   

Université Laval

Force de première ligne

Tout comme le système de soins de santé québécois, le médecin de famille suit la courbe de la modernité

Par Renée Larochelle

Le temps où le médecin de famille se murait dans son cabinet, recevant ses patients l'un après l'autre sur un mode paternaliste, est bel est bien révolu. Aujourd'hui, la personne qui consulte arrive souvent bien informée sur la santé et les malaises physiques qu'elle ressent. Certes, elle attend de son médecin un avis d'expert mais son attitude n'est plus passive. Face à ces changements, le médecin doit faire preuve de beaucoup d'écoute et d'ouverture, surtout si ses choix et ses valeurs diffèrent de ceux de son patient.

Tel est le tableau du travail du médecin de famille que dresse le Dr Rénald Bergeron, directeur du Département de médecine familiale de la Faculté de médecine. "De plus en plus, le patient s'attend à être traité d'égal à égal, dans un esprit de collaboration avec son médecin", explique le Dr Bergeron, qui a présidé récemment une rencontre ayant pour thème "Préparer des médecins de famille pour le Québec de demain, un travail de concertation de tous les partenaires". "La modernisation du rôle du médecin de famille correspond à la transformation du système de soins de santé québécois amorcée il y a dix ans et aux nouveaux besoins de la société, dit le Dr Bergeron. Aujourd'hui, le médecin de famille est invité à servir la population là où elle se trouve avec les ressources appropriées. Il doit valoriser les soins globaux et continus pour tous les groupes d'âges et se préoccuper autant de l'aspect préventif que curatif. En somme, il a à traiter le patient dans sa globalité."

Un rôle crucial
Selon le Dr Bergeron, l'un des enjeux visés par la formation en médecine familiale tient à la nécessité de former des généralistes qui ne deviendront pas des spécialistes par manque de ressources. On voit par exemple des médecins de famille se "spécialiser" en obstétrique ou en pédiatrie, à cause d'un manque de spécialistes dans le domaine. Si une collaboration étroite entre le spécialiste et le généraliste est essentielle pour assurer le bien-être du patient, il faut éviter de considérer le médecin de famille comme le parent pauvre de la médecine, car il joue un rôle crucial en tant qu'intervenant de première ligne dans les soins de santé.

"Dans l'exercice de son rôle, le médecin de famille doit se sentir valorisé comme individu et comme professionnel, constate le Dr Bergeron. En plus d'être véritablement intégré dans une équipe de médecins de famille, il doit avoir accès à l'infrastructure technologique appropriée ainsi qu'à des plateaux techniques lui permettant d'obtenir rapidement les résultats d'une prise de sang ou d'une radiologie, par exemple. C'est un fait que le système de soins de santé aura au cours des prochaines années un besoin grandissant de médecins de famille pour répondre aux besoins de la population, indique le Dr Bergeron. On a le devoir d'investir pour leur faciliter la tâche et tout mettre en uvre afin qu'ils soient pleinement fonctionnels."

Quant aux qualités requises pour être un bon médecin de famille, elles sont légion : compétence, humanisme, flexibilité, disponibilité, engagement et sens des responsabilités. Enfin, le généraliste doit être capable de travailler en interdisciplinarité avec d'autres professionnels de la santé comme les infirmières, les travailleurs sociaux et les psychologues, pour ne citer que ces exemples. "Un médecin de famille qui travaille tout seul, c'est comme un plombier qui voudrait réparer un tuyau sans outils", de conclure le Dr Bergeron.