Au fil des événements
 

9 mars 2006

   

Université Laval

L'aventure du savoir

Étudier peut mener non seulement à la conquête de soi mais aussi à celle du monde

par Renée Larochelle

En 1971, 4 % de la population du Québec détenait un diplôme universitaire. Trente-cinq ans plus tard, ce pourcentage s'élève à 20 %. Pour Olivier Clain, professeur au Département de sociologie, ces statistiques indiquent clairement que la société québécoise est bel et bien engagée dans la grande aventure collective du savoir. Menant vers l'émancipation, cet engagement permet l'avancement de la science, de la pensée et de la création. Dans cette foulée, l'université constitue un lieu privilégié de transmission des connaissances où le maître et l'élève tentent de donner le meilleur d'eux-mêmes, sachant qu'ils sortiront l'un et l'autre grandis de l'expérience.

"Qu'on ait aujourd'hui la possibilité d'étudier à l'université jusqu'à l'âge de 30 ans m'apparaît comme une conquête historique indéniable", a soutenu Olivier Clain, qui donnait un exposé sur le sens et la finalité des études universitaires dans le cadre des activités campus de l'Heure pédagogique, le 24 février, au pavillon Charles-Eugène-Marchand. "Chaque fois qu'on apprend quelque chose, on conquiert une partie de son ignorance, d'affirmer le sociologue. En ce sens, étudier est un travail qui rend possible une transformation profonde de l'être. Certes, le savoir se gagne grâce à l'effort, mais la jouissance qu'on en retire est à la mesure de l'effort consenti."

Payez au suivant
Dans la pratique de l'enseignement, le professeur fait une promesse tacite à l'étudiant: "Si tu suis bien ce que j'enseigne, tu seras payé de retour". Mais cette transmission des connaissances n'est possible que parce que l'étudiant effectue un travail de reconstruction dans sa tête, à partir du discours de l'enseignant, celui qui écoute faisant ainsi confiance à celui qui promet. Sans ce travail de reconstruction, insiste Olivier Clain, on ne peut parler de véritable transmission. Une part de mystère demeure cependant quant à la part des connaissances acquises; le maître ne sachant pas exactement ce qui sera saisi par l'élève. D'où l'importance d'enseigner dans une sorte de lâcher prise, en espérant que l'étudiant embarquera dans l'aventure. Car l'aventure individuelle de la transformation par le savoir rejoint intimement l'aventure collective.

"On raconte qu'au cours des 50 années ayant suivi la parution de Critique de la raison pure, ouvrage écrit en 1781 par le philosophe allemand Emmanuel Kant, quelque 5 000 articles ont été écrits sur les idées qui y étaient proposées, a souligné Olivier Clain. Moi, je crois que le goût d'apprendre et de discuter est encore bien présent de nos jours: à preuve, depuis 23 ans que j'enseigne la sociologie, je n'ai heureusement pas encore rencontré de cohorte d'étudiants qui soient différents de ceux et celles qui ont lu Kant au 18e siècle."
Lancée à l'automne 2004, l'Heure pédagogique est une initiative visant à stimuler l'échange d'opinions et d'informations d'ordre pédagogique entre le personnel enseignant, le personnel administratif et les étudiants dans le but d'accroître encore davantage la qualité de la formation à l'Université.