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Personnel en détresse
La réforme des soins de santé a eu des effets
négatifs sur la santé psychologique des infirmières
par Jean Hamann
Les bouleversements qu'a connus le réseau de la santé
au Québec ont eu des répercussions sur l'environnement
de travail et sur la santé psychologique des infirmières,
révèle une étude menée par une équipe
de la Faculté de médecine. Renée Bourbonnais,
Chantal Brisson, Romaine Malenfant et Michel Vézina arrivent
à cette conclusion après avoir comparé différents
facteurs liés à la santé psychologique au
travail avant et après la réforme survenue au milieu
des années 1990.
Les chercheurs ont confronté les résultats d'une
enquête qu'ils avaient menée en 1994 auprès
de 961 infirmières aux réponses fournies par 1437
infirmières interrogées à l'automne 1998,
deux années après le début de la réforme.
Leurs analyses, publiées dans un récent numéro
de l'American Journal of Industrial Medicine, indiquent
d'abord que la restructuration a conduit à une modification
de la tâche de 54 % des répondantes. Ces changements
touchaient des éléments importants comme le lieu
de travail, la spécialité de pratique, la charge
de travail et les responsabilités. Dans l'ensemble, 80
% des répondantes estimaient que leur charge de travail
avait augmenté à la suite de la réforme,
35 % avaient moins de latitude décisionnelle et 67 % considéraient
avoir moins de soutien social au travail.
La prévalence des répondantes qui estiment que
leur travail leur impose des demandes psychologiques élevées
(charge de travail excessive, exigences élevées,
fortes contraintes de temps) - a connu une augmentation relative
de 31 %, pour s'établir à 66 %. La prévalence
des postes caractérisés par des demandes psychologiques
élevées combinées à une latitude
décisionnelle élevée a grimpé de
41 %; les postes présentant une combinaison de demandes
psychologiques élevées et de latitude décisionnelle
faible ont fait un bond de 24 %.
Ces conditions, qui n'annoncent rien de bon pour la santé
psychologique au travail, n'avaient pas encore fait sentir leurs
effets sur le taux de détresse psychologique chez les
infirmières en 1998, nous apprend l'étude. Plusieurs
éléments expliquent ce résultat, avance
Renée Bourbonnais. L'enquête a été
menée peu de temps après le début de la
restructuration et elle s'adressait aux infirmières qui
étaient au travail. "Nous allons publier sous peu
un autre article qui montre que le taux d'absentéisme
est en hausse depuis la réforme", ajoute-t-elle.
Aux yeux de la chercheure, les facteurs de santé psychologique
au travail se sont détériorés pour les infirmières
depuis la réforme. "Les conditions défavorables
qui risquent d'entraîner une hausse de la détresse
psychologique sont toutes réunies", craint-elle.
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