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La montée de l'épinette
Le réchauffement climatique affecte aussi les forêts
et les tourbières subarctiques
par Jean Hamann
Des chercheurs du Centre d'études nordiques (CEN) viennent
de documenter deux autres manifestations du réchauffement
planétaire dans le Nord du Québec. La première
touche l'accélération de la fonte du pergélisol
dans les tourbières subarctiques, et la seconde, l'augmentation
de la vitesse de croissance verticale des arbres à la
limite des forêts.
Dans un récent numéro de Geophysical Research
Letters, Serge Payette, Ann Delwaide, Marco Caccianiga et
Michel Beauchemin mettent à profit les données
patiemment accumulées sur une tourbière située
à la hauteur du 56e parallèle, à l'est de
la Baie d'Hudson, pour décrire l'évolution du pergélisol
(sol gelé en permanence) dans cet habitat. Les chercheurs
ont utilisé une photo aérienne prise en 1957 et
des données récoltées sur le terrain lors
de visites effectuées à tous les dix ans entre
1973 et 2003, pour déterminer comment le pergélisol
de la tourbière a réagi aux variations climatiques.
Ils ont ainsi découvert que le pourcentage de la superficie
de la tourbière occupée par le pergélisol
est passé de 82 % en 1957 à 13 % en 2003. Son taux
de disparition a doublé depuis 1993. "À ce
rythme, le pergélisol de cette tourbière aura complètement
disparu d'ici 20 ans", souligne Serge Payette. La cause
principale de l'accélération de la fonte du pergélisol
pendant cette période est l'augmentation des précipitations
sous forme de neige, avance le chercheur. "Depuis 10 ans,
il tombe deux fois plus de neige sur cette tourbière que
dans les années 1970. Le couvert de neige protège
le sol contre l'onde de gel et il tamponne les écarts
de température", explique-t-il.
Les relevés de température provenant de deux stations
météorologiques, situées à 125 et
150 km de la tourbière, confirment l'accélération
du réchauffement climatique depuis 10 ans, ce qui porte
à penser que toutes les tourbières de cette région
connaissent le même sort. "L'impact de la dégradation
des tourbières sur le bilan des gaz à effet de
serre reste à mesurer", souligne le professeur Payette.
Changement de port
Les modèles de réchauffement planétaire
prédisent que l'actuelle limite nordique des forêts
sera progressivement repoussée vers le nord. Cependant,
observent les chercheurs Isabelle Gamache et Serge Payette dans
un article récemment publié dans le Journal
of Ecology, l'expansion nordique de l'épinette noire
- une espèce aux capacités reproductrices limitées
- devrait être précédée par un changement
dans le port de ces arbres.
Une étude menée par les deux chercheurs sur 20
populations d'épinettes noires, situées le long
d'un transect de 300 km allant de la forêt boréale
à la toundra, confirme leur prédiction. La tige
principale des arbres connaît une croissance verticale
accélérée depuis les années 1970,
révèlent leurs analyses. Même les épinettes
prostrées rencontrées à la limite nordique
de cette espèce sont en voie d'adopter un port dressé
à la suite de l'allongement de leur tige principale. "Si
les conditions actuelles se maintiennent, les épinettes
vont poursuivre leur croissance verticale et, éventuellement,
elles vont produire beaucoup plus de cônes et de graines.
Ceci devrait favoriser l'expansion nordique de la limite des
arbres", prédit Serge Payette.
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