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9 décembre 2004

   

Université Laval

Pollution maternelle

Les composés organochlorés qui circulent dans le sang des mères inuites affaibliraient le système immunitaire de leurs nouveau-nés

par Jean Hamann

L'exposition prénatale aux composés organochlorés augmenterait le risque d'infections pendant les premiers mois de vie chez les jeunes Inuits. Les chercheurs Frédéric Dallaire, Éric Dewailly, Gina Muckle, Carole Vézina et Pierre Ayotte, de l'Unité de recherche en santé publique de l'Université Laval, et leurs collègues américains Sandra et Joseph Jacobson, en apportent la preuve dans une récente édition de la revue Environmental Health Perspectives.

L'étude menée auprès de 199 enfants inuits du Nunavik révèle que le risque d'infections dans les six premiers mois de vie est, en moyenne, 25 % plus élevé chez les enfants qui ont eu une exposition moyenne ou élevée aux organochlorés pendant leur développement embryonnaire que chez les enfants qui ont eu une faible exposition à ces mêmes produits. Les chercheurs ont estimé le degré d'exposition prénatale à partir d'un échantillon de sang prélevé chez la mère au moment de l'accouchement.

"Les infections sont la principale cause de morbidité et de mortalité chez les enfants inuits pendant leur première année de vie et notre étude met en lumière le fait que l'exposition prénatale aux organochlorés constitue un des facteurs qui augmentent le risque de maladies infectieuses de façon significative", résume Éric Dewailly. Une augmentation de 25 % peut sembler relativement modeste mais, "comme le risque de base pour les infections est déjà très élevé au sein de cette population, il est difficile d'isoler des facteurs qui augmentent considérablement les risques", précise le chercheur.

Infections galopantes
Les infections constituent un problème de santé publique important au Nunavik: "On s'arrache les cheveux pour trouver des façons de les enrayer", admet Éric Dewailly. À titre indicatif, signalons que, pendant la première année de vie, les infections des voies respiratoires inférieures (bronchite, bronchiolite, pneumonie) frappent 73 % des enfants au moins une fois, nécessitant une hospitalisation dans le tiers des cas. Pendant la même période, les infections de voies respiratoires supérieures (pharyngite, laryngite, amygdalite, etc.) frappent 90 % des enfants au moins une fois et 13 % des enfants à cinq reprises. Par ailleurs, 96 % des enfants inuits ont un épisode d'otite et 17 % en ont cinq.

Pendant la grossesse, les enfants inuits sont exposés aux polluants qui circulent dans le sang de leur mère. En raison de leur alimentation riche en gras provenant de mammifères marins, les Inuits du Nunavik détiennent le triste record de population la plus contaminée au monde par les organochlorés. Ces produits, transportés sur de longues distances, s'accumulent dans la chaîne alimentaire et se concentrent dans les graisses des mammifères marins (phoques, ours polaires, bélugas) dont se nourrit cette population. Les organochlorés s'accumulent dans les tissus gras des êtres vivants. Ils peuvent traverser la barrière placentaire et perturber le développement du foetus pendant une période où il est particulièrement vulnérable.

Les solutions à ce problème de pollution diffuse ne sont pas simples. "Des conventions internationales visant le bannissement des organochlorés ont été signées et elles devraient éventuellement conduire à une diminution des concentrations de ces polluants dans l'environnement, signale Éric Dewailly. Sur le plan individuel, il faut continuer à encourager les femmes enceintes à consommer des aliments peu contaminés par les organochlorés."