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14 octobre 2004

   

Université Laval

Patriotes et romantiques

Joanna Paluszkiewicz-Magner a exploré la relation de deux poètes nord-américains du 19e siècle, Louis Fréchette et Henry Longfellow, avec le mouvement littéraire européen

par Yvon Larose

En choisissant les écrivains Louis-Honoré Fréchette, un Canadien-français, et Henry Wadsworth Longfellow, un Américain, comme sujets de sa thèse de doctorat en littérature québécoise, Joanna Paluszkiewicz-Magner s'attaquait à deux piliers de la littérature nord-américaine du 19e siècle. Son étude comparative, dont elle a fait la soutenance en juin dernier, démontre l'existence d'un romantisme étasunien et canadien-français. Elle révèle aussi des convergences significatives dans le traitement des sujets. Les auteurs étudiés se réclamaient de la riche tradition littéraire européenne et ils imprégnaient leurs oeuvres de couleurs locales pour souligner leur spécificité.

De part et d'autre, la poésie se veut plutôt modérée et tient compte des goûts et des exigences morales des lecteurs. "Lorsqu'on parle de romantisme, c'est un thème comme l'amour qui vient à l'esprit, indique Joanna Paluszkiewicz-Magner. Mais ce thème n'est pas primordial chez ces auteurs par rapport, par exemple, à celui de la nature édénique du Nouveau Monde."

Selon elle, le romantisme, tel que le concevaient les deux poètes, avait un lien très fort avec l'idée de nationalisme. "Même que le romantisme est peut-être le prétexte pour développer l'idée de la littérature nationale, avance-t-elle. Les deux poètes ont le désir, ressenti comme un devoir, de contribuer à la légitimation et à l'épanouissement d'une littérature nationale dans leur pays respectif. Pour eux, c'est plus la littérature nationale qui importe vraiment que la réalisation des idées romantiques. À cette époque, la littérature était perçue comme la preuve de l'existence d'une ethnie distincte et accomplie."

Chanter le Nouveau Monde
Fréchette et Longfellow ont écrit dans le plus pur style romantique importé d'Europe. Ils ont signé de longs poèmes narratifs à la rhétorique ampoulée, en d'autres mots des histoires épiques racontées en vers. Les deux poètes ont chanté le nouveau continent. Ils ont puisé leur inspiration dans les grands espaces sauvages, le passé national, la spiritualité chrétienne et les héros locaux.

Joanna Paluszkiewicz-Magner souligne d'ailleurs l'existence à leur époque d'une certaine continuité culturelle entre le Canada français et la Nouvelle-Angleterre. Dans La légende d'un peuple, Fréchette met en scène les Français et leurs descendants canadiens dans la vallée du Saint-Laurent. Le lyrisme, la grandiloquence et la puissance du souffle sont au rendez-vous, comme en fait foi cet extrait: "Qu'ils furent longs, ces jours de deuil et de souffrance!/ Nous t'avons pardonné ton abandon, ô France!" Dans Evangeline, Longfellow chante la fidélité de la femme et les anciennes moeurs acadiennes. Dans The Song of Hiawatha, le héros, un Amérindien très stylisé, s'éloigne vers le soleil couchant en recommandant à son peuple de suivre l'enseignement des missionnaires.