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23 septembre 2004

   

Université Laval

D'une pierre, deux coups

Des géologues proposent un moyen pour réduire les émissions de CO2 tout en réglant le problème des résidus d'amiante

Par Jean Hamann

Georges Beaudoin a une idée à laquelle il croit dur comme fer. À première vue, le projet du professeur du Département de géologie et de génie géologique semble presque trop beau pour être vrai. Il permettrait de réduire la quantité de CO2 dans l'atmosphère tout en réglant le cas des résidus miniers qui déparent le paysage des régions de l'Amiante et de l'Estrie et qui causent des problèmes de poussières. La clé du projet: tirer profit de la réaction chimique naturelle entre le CO2 et le magnésium contenu dans les résidus d'amiante, pour former une roche appelée magnésite, dans laquelle le CO2 serait immobilisé à perpétuité.

Georges Beaudoin décrit la séquestration du carbone comme la troisième voie pour la réalisation du Protocole de Kyoto, après la diminution des émissions de CO2 et la réduction de la consommation d'énergie. "Ce concept, peu connu du public, devrait faire partie d'une stratégie globale de réduction des émissions de gaz à effet de serre", insistait-il d'ailleurs, en 2003, dans le mémoire qu'il présentait devant la Commission des transports et de l'environnement du Québec. Le professeur revient à la charge avec ce projet dans un article publié dans le dernier numéro de Geoscience Canada avec ses collègues Réjean Hébert et Marc Constantin, du Département de géologie et de génie géologique, Greg Dipple, de l'University of British Columbia et François Huot, de Géo-conseils TB.

Filière minérale
Les tenants de la filière "séquestration du carbone" ont considéré différents réservoirs naturels pour immobiliser le CO2. La séquestration du carbone par augmentation de la biomasse terrestre représente une solution dont les effets sont limités à quelques décennies, analyse Georges Beaudoin. Par ailleurs, la séquestration de carbone dans les fonds marins pose certains problèmes. Les tests de fertilisation des océans n'ont pas produit les résultats escomptés sur la fixation de carbone et on craint qu'il n'y ait des répercussions environnementales insoupçonnées. Reste la filière minérale. "L'injection de CO2 dans des puits de pétrole ou de gaz naturel épuisés constitue une avenue intéressante, mais pas au Québec. Par contre, nous avons beaucoup de résidus miniers contenant du magnésium", constate le professeur.

Il y aurait quelque 1,5 milliard de tonnes de résidus d'amiante qui traînent dans le décor québécois. "Comme il faut 3 tonnes de résidus pour fixer 1 tonne de CO2 , on pourrait séquestrer 500 millions de tonnes de CO2 à l'aide de ces résidus. Ceci équivaut au total de CO2 que produirait la centrale du Suroît pendant environ 200 ans", estime le chercheur. De plus, la capacité de séquestration du carbone dans les roches ultramafiques (riches en magnésium) du territoire québécois est plus de 300 fois supérieure à celle des résidus.

La réaction entre le CO2 et le magnésium semble être catalysée par une bactérie, poursuit Georges Beaudoin. "Le CO2 produit par une usine pourrait donc être capté et transporté par pipeline vers les sites de résidus miniers où il serait transformé dans des bioréacteurs. Les résidus d'amiante, qui sont présentement des fibres qui peuvent être transportées par le vent, deviendraient de petits grains inoffensifs pour l'environnement et on pourrait les utiliser pour remplir les anciennes fosses." Enfin, en marge de cette opération, il serait possible de récupérer les métaux précieux contenus dans les résidus d'amiante, notamment le nickel. Ces résidus représentent un gisement potentiel de nickel dont le volume est cinq fois plus grand que celui de la mine Raglan, présentement en exploitation dans le Nord du Québec.

"Cette filière est la seule forme de séquestration permanente du carbone qui s'offre dans le contexte québécois, fait valoir Georges Beaudoin. Le Québec dispose d'une opportunité unique par cette méthode pour séquestrer du carbone et pour valoriser les parcs à résidus miniers du Sud du Québec, tout en améliorant grandement l'économie des régions."