Au fil des événements
 

17 juin 2004

   

Université Laval

Le ventre comme cible thérapeutique

Les chercheurs du projet Synergie tentent de prouver qu'une réduction de l'obésité abdominale est garante de santé

Une équipe dirigée par Jean-Pierre Després, professeur au Département des sciences des aliments et de nutrition, entreprend une étude qui permettra de déterminer si le fait de perdre du ventre diminue les risques de diabète et de maladies cardiovasculaires. "Le projet Synergie est une première mondiale puisqu'il a pour objectif de quantifier, chez des hommes avec obésité abdominale à risque, les bienfaits d'une perte de poids maintenue sur une période prolongée. Aucune étude n'a encore démontré pareils bénéfices au moyen d'une approche non pharmacologique", commente le professeur Després.

Comme son nom l'indique, le projet Synergie mettra à contribution des spécialistes de différents horizons. Des chercheurs, médecins, nutritionnistes et kinésiologues associés à la Faculté de médecine et oeuvrant au Centre de recherche de l'Hôpital Laval et au Centre de recherche sur les maladies lipidiques du CHUL mettront la main à la pâte. Outre Jean-Pierre Després, les principaux chercheurs qui participent à l'étude sont Paul Poirier, Angelo Tremblay, Natalie Alméras et Jean Bergeron. D'une durée totale de cinq ans, l'étude bénéficie d'un soutien financier de 1 M$ en provenance des Instituts de recherche en santé du Canada.

Les chercheurs recruteront 150 hommes âgés entre 30 et 65 ans, en bonne santé, qui présentent un surplus de poids (tour de taille de 90 cm ou plus) et un taux de triglycérides au-dessus des valeurs normales. Conseillés par des nutritionnistes et des kinésiologues, ces sujets adapteront leur alimentation et leur pratique d'activités physiques de façon à être en déficit de 500 kilocalories par jour. "On anticipe une perte de poids de 0,5 à 1 kilo par semaine, avance Angelo Tremblay. Ces nouvelles habitudes devraient produire une diminution des risques de diabète et de maladies cardiovasculaires et une augmentation du sentiment de bien-être des sujets." La perte de poids s'étendra sur un an après quoi les sujets tenteront de maintenir le poids atteint pendant les deux années qui suivront

Comme l'ont démontré les travaux de l'équipe de Jean-Pierre Després, ce n'est pas le taux de sucre élevé des patients diabétiques qui augmente leur risque de maladies cardiaques, mais plutôt la présence d'obésité abdominale accompagnée d'un ensemble de problèmes désigné sous le nom de syndrome métabolique. Les trois quarts des personnes diabétiques obèses décèdent des suites de maladies cardiovasculaires.

Les chercheurs ont mis au point un test simple de dépistage de ce syndrome qui consiste à mesurer, d'une part, le tour de taille des personnes à risques parmi les patients obèses ou diabétiques et, d'autre part, leur concentration sanguine de triglycérides. Les personnes qui ont un tour de taille et un taux de triglycérides élevés ont une probabilité dépassant 80 % d'être porteurs du syndrome et donc de souffrir un jour d'une maladie cardiovasculaire. Ce risque est aussi élevé, sinon plus, que celui associé au tabagisme, à un taux de cholestérol élevé ou à l'hypertension. Environ 20 % des Québécois adultes souffriraient de ce syndrome, dont bon nombre à leur insu. Les hommes intéressés à prendre part à cette étude doivent s'adresser au numéro 656-2392.

JEAN HAMANN