Au fil des événements
 

20 mai 2004

   

Université Laval

L'usine à rêves

Des étudiants de l'École d'architecture ont planché sur un projet de recyclage et de réhabilitation d'un bâtiment industriel à Lévis

Prendre une usine désaffectée au bord de l'Anse Hadlow, à Lévis, à un jet de pierre du quai Ultramar. Ouvrir le bâtiment et le faire parcourir par des apprentis architectes, l'il bien ouvert. Leur demander d'imaginer dans ce lieu industriel des ateliers et des salles d'exposition où se côtoieraient des métiers d'art comme la ferronnerie, la coutellerie, la fonderie. Le résultat de cette recette hors de l'ordinaire? Une exposition des travaux de 13 étudiants de deuxième année de l'École d'architecture, qui se tient jusqu'au 19 mai dans l'entrée de la Bibliothèque Pierre-Georges-Roy dans le Vieux-Lévis.

C'est en parcourant à vélo la piste cyclable qui longe le fleuve que Louis Saint-Pierre, qui dirige l'atelier de conception architecturale en recyclage et réhabilitation de bâtiments, a eu le coup de foudre pour l'usine L'Hoir, un bâtiment construit en 1939 par l'homme d'affaires belge Georges-Armand L'Hoir afin d'y produire des seaux en aluminium, ainsi que des casseroles et des cuves. Le professeur cherchait justement un édifice qui permettrait à ses étudiants d'imaginer de nouvelles fonctions dans un bâtiment existant. Une réalité qui représente désormais presque la moitié des contrats pour les architectes professionnels. «L'usine présente des caractéristiques architecturales intéressantes, explique Louis Saint-Pierre, comme ces puits de lumière en dents-de-scie du genre de ceux que l'on retrouve en Europe. De plus, sa situation face au fleuve est magnifique.»

Les étudiants de deuxième année au baccalauréat en architecture ont travaillé sur leur projet. Portées par ce cadre hors du commun, plusieurs équipes ont donné la vedette au panorama en installant un café ouvert sur le large, en y plaçant un jardin intimiste de sculptures, ou encore en faisant passer la piste cyclable à travers le bâtiment afin qu'il s'intègre encore davantage au paysage. Pour leur part, Cathy Gagné et Guillaume Morest ont tenté dans leur projet de relier l'usine à la maison voisine du poète Louis Fréchette. «Nous avons prévu de construire une salle multifonctions fermée dont un des murs servirait d'écran de projection à ses poèmes, explique la jeune étudiante. On pourrait aussi y rappeler l'histoire du lieu.»

Conscients de la richesse patrimoniale du bâtiment, les étudiants en soulignent l'importance dans leurs créations. «Nous avons imaginé une suite aux puits de lumière qui se poursuivent à l'extérieur de l'édifice principal, indiquent Johanie Boivin et Tina Lévesque Cahill. Nous voulions aussi marquer l'évolution du site en installant des murs-rideaux où la succession de panneaux pleins et vides rappelle les carreaux cassés depuis l'abandon de l'usine.» L'omniprésence de la lumière naturelle dans le bâtiment les a également frappés. Leurs ateliers d'artiste, installés le long des murs extérieurs, bénéficient de l'éclairage maximum, ainsi que plusieurs salles d'exposition. Reste à savoir ce qu'il adviendra de tous les rêves nés autour de ce bâtiment à l'abandon. Peut-être vont-ils inspirer le propriétaire actuel qui projetait d'y construire des condos.

PASCALE GUÉRICOLAS