Au fil des événements
 

1 avril 2004

   

Université Laval

La nature au tribunal

Plus qu'un aspect du droit à la vie, le droit à l'environnement devrait être reconnu comme un droit en soi

"Le droit à l'environnement a ses caractéristiques propres et il est assez difficile à mettre en oeuvre, soutient Melissa De Forte, étudiante au programme de maîtrise en droit international et transnational à l'Université Laval. Comme le proposait l'Organisation interaméricaine des droits de l'homme, il faudrait peut-être songer sérieusement à reconnaître le droit à l'environnement comme un droit en soi, et non le faire passer par le droit à la vie, le droit à la vie privée ou autres droits qui pourraient être invoqués."

Le vendredi 26 mars, Melissa De Forte participait, au pavillon Charles-De Koninck, à une journée d'étude intitulée "Échanges commerciaux et solidarité internationale". Cette rencontre était organisée par la Chaire de recherche du Canada en droit de l'environnement, le Groupe de recherche sur les aspects juridiques internationaux et transnationaux de l'intégration économique, et l'Association des étudiantes et étudiants des deuxième et troisième cycles en droit.

Un certain niveau de protection
En 1948, la Déclaration universelle des droits de l'homme vient consacrer certains droits, dont celui à la vie. Mais ce n'est que dans les années 1970 que commence à se manifester un intérêt pour un droit à l'environnement. "Les juristes alors n'essaient pas d'atteindre un idéal, explique Melissa De Forte. Ils essaient plutôt d'arriver à un certain niveau de protection, dans le but d'éviter certaines atteintes à l'environnement."

Deux droits parallèles se sont développés autour de cette problématique et leur formulation s'est inspirée de la Déclaration de Stockholm sur l'environnement humain (1972), de la Conférence de Rio sur l'environnement et le développement (1992) et de la Convention d'Aarhus (1998). Si la Déclaration et la Conférence préconisent l'adoption de nouvelles législations, la Convention, elle, insiste davantage sur des aspects procéduraux. Mais tous cherchent à répondre aux demandes sociales pour davantage de démocratie en matière de dégradation de l'environnement.

"Dans une convention comme celle d'Aarhus, dont on parle de plus en plus, la mise en oeuvre d'un droit à l'environnement passe clairement par la démocratisation environnementale, indique Melissa De Forte. Cela signifie notamment que le public doit pouvoir participer au processus décisionnel au sujet d'activités qui peuvent avoir un effet important sur l'environnement." Davantage de démocratie signifie également que les autorités publiques doivent mettre à la disposition du public, qui est touché ou qui risque d'être touché par les décisions prises, les informations sur l'environnement qui leur sont demandées. Enfin, toute personne dont on a refusé la demande d'information doit pouvoir recourir aux tribunaux.

Jusqu'à une date récente, les individus qui se sont plaint d'une atteinte environnementale ne l'ont pas fait parce que cela avait des effets sur les espèces vivantes et les écosystèmes. Ils l'ont fait parce qu'ils subissaient directement un préjudice. Un bon exemple de cela est l'affaire Lopez-Ostra qui a opposé une citoyenne de la ville de Lorca au gouvernement espagnol en 1988. Pour résoudre un grave problème de pollution causé par une concentration de tanneries, une station d'épuration d'eaux et de déchets s'était implantée sans permis dans cette ville, et à quelques mètres du domicile de la requérante. En 1994, la Cour européenne des droits de l'homme statuait qu'il y avait eu dans son cas violation du droit à la vie privée. On reconnaissait également qu'elle avait éprouvé un tort moral indéniable. L'État espagnol fut condamné à lui verser une compensation financière.

"Depuis l'entrée en vigueur de la Convention d'Aarhus en 2001, une autre dynamique semble se développer, à savoir qu'un droit à l'environnement mieux renforcé par les droits procéduraux serait peut-être reconnu comme un droit en lui-même", souligne Melissa De Forte.

YVON LAROSE