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1 avril 2004

   

Université Laval

Une industrie à rééquilibrer

Selon Jean-Marc Suret, le capital de risque québécois doit faire l'objet d'une véritable stratégie gouvernementale

La situation du Québec en termes de capital de risque se caractérise par une offre très abondante de capitaux qui découle presque exclusivement de programmes gouvernementaux ou subventionnés fiscalement et par l'insatisfaction de très nombreux entrepreneurs quant aux difficultés, aux coûts et aux conditions de financement. Cette analyse ressort du rapport intitulé Le rôle du gouvernement du Québec dans le capital de risque. Cette étude a été présentée le 10 mars dernier, à Québec, aux auditions publiques sur le Rapport du groupe de travail sur le rôle du Québec dans le capital de risque, par Jean-Marc Suret, professeur à l'École de comptabilité de l'Université Laval et membre de CIRANO, un centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations.

Dans la plupart des pays de l'OCDE, le capital de risque de démarrage et de première ronde représente 0,10 à 0,20 % du PIB. À l'échelle du Québec, des montants de 124 à 248 millions de dollars devraient suffire. Or, les fonds subventionnés directement (Innovatech, SGF) ou fiscalement (fonds de travailleurs et Desjardins) représentent annuellement près de dix fois ce montant. Alors que, dans plusieurs pays, le gouvernement parvient à attirer plusieurs dollars de financement par dollar de subvention ou de crédit, il faut de trois à cinq dollars de dépenses fiscales pour placer un dollar en capital de risque au Québec par l'intermédiaire des fonds de travailleurs.

Plusieurs raisons expliquent cette situation. Premièrement, le principal réservoir de capitaux est entre les mains de fonds de travailleurs qui placent des montants importants à l'étranger. Les montants investis dans des sociétés fermées de petite taille opérant au Québec représentent moins de 30 % des capitaux disponibles. En second lieu, le capital de risque québécois est peu rentable. L'abondance de fonds subventionnés réduit le rendement, ce qui éloigne les investisseurs privés et entraîne de nouvelles demandes de subventions.

Des mesures courageuses doivent donc être prises, et le gouvernement doit se doter d'une véritable stratégie. Cette stratégie doit s'articuler autour des carences possibles des marchés, notamment celles concernant la structuration des résultats de la recherche et de l'incubation.

Des lois à revoir
La première mesure consiste à revoir les lois des fonds de travailleurs et de Desjardins de façon à définir avec précision les placements admissibles. Il s'agirait de placements réalisés dans des sociétés fermées de petite taille opérant au Québec. Cette mesure mettrait environ deux milliards de dollars à la disposition des entreprises de petite taille, et ce, sans coût supplémentaire pour l'État.

Les Innovatech ainsi que le portefeuille de capital de risque de la SGF devraient alors être transformés en sociétés privées. Un travail important devra également être accompli pour stimuler le démarrage d'entreprises technologiques. Le capital de risque québécois finance de 140 à 240 entreprises par année. Avec une économie sensiblement de même taille, Israël en développe plus de 550 même si le gouvernement n'intervient pas dans le financement.
Le rééquilibrage de l'industrie prendra du temps. À court terme, il semble toutefois essentiel de favoriser la concurrence et l'équité entre les différents acteurs publics et privés. Il est essentiel surtout que les capitaux qui ont fait l'objet de généreuses dépenses fiscales soient mis à la disposition des entreprises.

La version intégrale du rapport de Jean-Marc Suret est disponible dans le site Web du CIRANO: www.cirano.qc.ca.