Au fil des événements
 

25 mars 2004

   

Université Laval

Une réforme nécessaire

Un mode de scrutin de type proportionnel améliorerait la participation citoyenne à la vie démocratique au Québec

"Pour améliorer la qualité de la vie démocratique de nos sociétés, il ne faut pas avoir comme idéal le consensus, soutient Diane Lamoureux, professeure au Département de science politique de l'Université Laval. Le niveau démocratique d'une société se mesure plutôt par le fait de savoir être en désaccord tout en se respectant les uns les autres." Le lundi 22 mars, au pavillon La Laurentienne, elle participait à un débat spécial organisé conjointement par la Chaire publique de l'AELIÉS (Association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures) et les Presses de l'Université Laval (PUL). La rencontre avait lieu dans le contexte d'une éventuelle réforme du mode de scrutin au Québec.

Selon Diane Lamoureux, un mode de scrutin de type proportionnel, ou un mode de scrutin mixte, seraient susceptibles d'améliorer la compétence civique des citoyens, ce qui en retour augmenterait leur capacité à contrôler l'État. "Notre mode actuel de scrutin fait une majorité de perdants, dit-elle. Un nouveau mode permettrait de raviver l'intérêt pour la chose politique parce que les gens ont tendance à voter quand ils ont l'impression que leur vote compte. On n'a qu'à penser au résultat très serré du dernier référendum au Québec alors que 94 % des électeurs avaient voté." Un autre avantage serait l'élargissement de l'éventail des choix politiques alors qu'existe au Québec une tendance lourde au bipartisme. "Nous vivons dans des sociétés complexes, poursuit Diane Lamoureux. Il me semble que le bipartisme n'est pas adapté aux débats d'idées ni à la complexité des clivages politiques dans une société."

Une participation plus élevée
Henry Milner est professeur associé au Département de science politique de l'Université Laval. Dans son ouvrage La compétence civique, édité aux PUL et lancé à la fin du débat, il explique comment les citoyens informés contribuent au bon fonctionnement de la démocratie. Il a pour cela étudié la vie politique de quinze pays, notamment ceux du nord de l'Europe. "On voit, dit-il, que dans les pays qui ont un système de représentation proportionnelle, le taux de participation est plus élevé de huit à neuf pour cent qu'ailleurs." Son ouvrage démontre, entre autres, que les Scandinaves, qui ont une culture politique forte, ont tendance à adopter des politiques qui tiennent compte des intérêts de tous les secteurs de la société. Henry Milner souligne que le Québec et le Canada se retrouvent vers le bas de la liste des sociétés étudiées en termes de compétence civique et de participation politique. Cela dit, quatre autres provinces canadiennes poursuivent actuellement une réflexion semblable à celle du Québec en matière de réforme du mode de scrutin.

François Beaulne a été député de Marguerite-d'Youville à l'Assemblée nationale de 1989 à 2003. Il croit qu'une réforme en profondeur s'impose, mais que celle-ci doit s'appuyer sur le plus large consensus possible. Il prévient cependant qu'en donnant plus de pouvoir au législatif, la représentation proportionnelle introduit un processus de marchandage et de négociation entre le législatif et l'exécutif. ll rappelle également que le député devient alors beaucoup plus redevable au parti qu'aux électeurs de sa circonscription. Cela dit, il est possible, selon lui, d'aller vers la proportionnelle sans trop de bouleversement. Par exemple avec une variante du système uninominal à deux tours utilisé en France.

Ce printemps, après une longue consultation, le ministre Jacques Dupuis, délégué à la Réforme des institutions démocratiques, présentera un projet de loi visant à modifier le mode de scrutin dit majoritaire uninominal à un tour afin de le rendre plus représentatif de la volonté des électeurs. Le mode proposé serait de type proportionnel mixte compensatoire. Rappelons que la représentation proportionnelle vise à corriger une distorsion dans l'actuel mode de scrutin. À titre d'exemple, à l'élection de 1998, un seul siège était allé à l'Action démocratique du Québec, malgré que ce parti ait obtenu 12 % des suffrages.

YVON LAROSE