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25 mars 2004

   

Université Laval

En route vers l'éternité?

L'équipe de recherche de Robert Tanguay parvient à accroître de plus de 30 % la longévité de mouches à fruits

Des chercheurs de la Faculté de médecine, dirigés par Robert Tanguay, ont réussi à prolonger du tiers la durée de vie de drosophiles. Cette prodigieuse extension de longévité serait attribuable à une seule molécule, la Hsp22. Grâce à la surexpression de cette protéine, les drosophiles, qui vivent normalement 60 jours, ont survécu jusqu'à l'âge de 80 jours. De plus, les drosophiles n'ont pas passé ces 20 journées supplémentaires de vie alitées et souffreteuses, à attendre leur dernière heure. Au contraire, la surexpression de la protéine a permis le maintien de l'activité locomotrice au-delà de ce qui est normalement attendu de la drosophile moyenne, tout en augmentant la résistance de ces insectes aux stress oxydatifs et aux stress thermiques. Geneviève Morrow, Mélanie Samson, Sébastien Michaud et Robert Tanguay rapportent comment ils s'y sont pris pour arriver à ce prolongement spectaculaire de longévité dans le numéro de mars du FASEB Journal (Federation of American Societies for Experimental Biology).

Dans un autre article, qui devrait paraître sous peu, la même équipe démontre qu'il est également possible de réduire la longévité des drosophiles en sous-exprimant Hsp22. Robert Tanguay ne croit pas pour autant que Hsp22 soit l'ultime molécule de jouvence. "Ce n'est qu'une protéine parmi beaucoup d'autres qui interviennent dans le processus de vieillissement", estime-t-il.

Petit chaperon
Présentes chez tous les organismes, les protéines de choc thermique sont produites par les cellules soumises à un stress. "Elles interviennent dans la biosynthèse des protéines et elles préviennent leur dénaturation et leur agrégation", explique le professeur Tanguay. Ces molécules font office de chaperon, c'est-à-dire qu'elles jouent un rôle dans le pliage des protéines et dans leur conformation spatiale.

Ces fonctions de gardien et de chaperon ont éveillé les soupçons des chercheurs lorsque ceux-ci se sont mis en quête de molécules susceptibles d'intervenir dans le vieillissement. "Nous avons choisi de tester la protéine Hsp22, une petite protéine mitochondriale, parce que la mitochondrie est le principal site de génération des radicaux libres dans la cellule, et que ces derniers sont associés au vieillissement", souligne Robert Tanguay.

Pour ce test, les chercheurs ont utilisé des lignées de drosophiles qui surexpriment la protéine Hsp22 dans les cellules neuromotrices. "Nos résultats démontrent qu'une protéine comme Hsp22 peut protéger la mitochondrie contre des stress oxydatifs et, de ce fait, contre des dommages liés au vieillissement, résume le chercheur. De plus, ils confirment l'importance particulière de certaines cellules du système nerveux et de la mitochondrie dans le processus de vieillissement."

Mieux vivre
Le but que poursuivent Robert Tanguay et son équipe en menant ces travaux n'est évidemment pas de prolonger la vie des mouches à fruits. "Pas plus que celle des humains", précise le chercheur. D'ailleurs, le professeur Tanguay ignore pour le moment si la protéine Hsp22 existe chez l'homme.

"Nous croyons toutefois que nos recherches pourraient avoir une incidence sur la compréhension de certaines maladies neurodégénératives comme la chorée de Huntington, la maladie de Parkinson, la maladie de Lou Gehrig et plusieurs ataxies, qui semblent toutes résulter d'un problème d'agrégation ou de pliage de protéines, explique-t-il. Ce serait très intéressant si, grâce à nos travaux, on parvenait à contrôler l'expression de la Hsp22 ou de son homologue chez l'homme. On disposerait alors d'un outil pour intervenir dans les processus des maladies neurodégénératives."

JEAN HAMANN