Au fil des événements
 

18 mars 2004

   

Université Laval

Histoire de jouets

Le coup de pouce d'Entrepreneuriat Laval a aidé Annie Asselin à démarrer une entreprise qui carbure à l'économie sociale

En se promenant dans les rues de son quartier, à Saint-Augustin-de-Desmaures, Annie Asselin avait bien remarqué que des jouets presque neufs trônaient parfois à côté des poubelles que les gens déposaient devant leur résidence, particulièrement au printemps et en été. Au cours de conversations avec des parents qui, comme elle, avaient de jeunes enfants, elle s'est aperçue que les jouets avaient parfois une vie active très courte et que le problème était de savoir ce qu'on en ferait après. C'est alors que l'idée lui est venue de démarrer sa propre entreprise avec les choux gras des autres. Avec l'aide d'Entrepreneuriat Laval, cette détentrice d'un baccalauréat multidisciplinaire (certificat en administration, certificat en relations industrielles et bloc complémentaire en droit et management) a ainsi mis sur pied le projet Réno-Jouets pour lequel elle a mérité le 1er prix en économie sociale au Concours québécois en entrepreneurship 2003, au niveau local.

"Jamais je n'aurais pu démarrer ma propre entreprise sans le soutien de l'équipe d'Entrepreneuriat Laval, indique Annie Asselin. En plus de m'aider à peaufiner mon plan d'affaires, l'équipe n'a cessé de me supporter dans la recherche de maillages et de subventions. Je le répète: je n'aurais pas pu y arriver son apport!"

Huit-cents toutous
Installée depuis mars dernier dans l'édifice Honoré-Beaugrand du Collège Saint-Augustin, Annie Asselin règne sur des centaines de jouets en majorité usagés, même si plusieurs sont flambant neufs ou ne nécessitent que des réparations minimes. Son principal fournisseur: les pompiers, qui reçoivent un nombre incalculable de jouets chaque année, par le biais d'associations caritatives. "Avant, les jouets s'entassaient dans les casernes et la moitié finissait par se retrouver à la poubelle, faute de place", explique Annie Asselin, qui reçoit de tout, de tous: autos, trains, camions, peluches, maisons de poupées, fermes, châteaux jeux de société, jeux de construction, figurines, petits meubles, etc. "Récemment, le gérant d'une pharmacie m'a donné 800 toutous de Noël qu'il n'avait pas réussi à écouler. Leur avenir est déjà tracé: ils feront la joie des enfants dans certaines garderies pauvres en jouets."

Après avoir trié les jouets, Annie Asselin les examine un à un, puis "met en attente" ceux qui sont incomplets. Par exemple, avec quatre jeux de Monopoly incomplets, elle peut en compléter deux grâce à d'autres jeux du même nom qui franchiront le seuil de son entrepôt. Même chose pour les fermes d'animaux en deuil d'un petit cheval ou d'une botte de foin: lors d'une prochaine livraison, la jeune entrepreneure trouvera sûrement des figurines solitaires qui s'intégreront parfaitement à la ferme. Les casse-tête, eux, sont minutieusement inspectés. Une pièce manque? Le puzzle est immédiatement recalé, tandis que les pièces restantes sont offertes aux garderies pour fins de bricolage. La boîte de carton, elle, est recyclée. "Lorsqu'on jette quelque chose, c'est qu'on ne peut vraiment pas faire autrement", souligne Annie Asselin, dont le souci de l'environnement s'avère aussi important que ses talents d'entrepreneure.

Et les prix? "Pour un jouet qui se vend 50 $ en magasin, une personne peut se procurer le même pour la moitié du prix chez Réno-Jouets", dit la jeune femme. Armée des magazines Protégez-vous des cinq dernières années et d'une pléiade de catalogues, elle fixe elle-même les prix. Trouver le prix juste représente d'ailleurs l'une des tâches qui lui prennent le plus de temps. Il lui arrive donc de faire appel à des bénévoles pour l'aider dans ses tâches. L'été dernier, des jeunes filles séjournant dans un Centre Jeunesse sont venues nettoyer des peluches et classer des jeux. Plus récemment, un jeune autiste a réparé des autos miniatures. Sans compter que des personnes retraitées apportent parfois des jouets chez eux pour les réparer. Bref, en plus de protéger l'environnement par la réduction du nombre des déchets, Annie Asselin fait uvre sociale auprès de différents groupes de personnes esseulées. "C'est une belle aventure et j'espère qu'elle se poursuivra longtemps!"

Depuis sa fondation en août 1993, Entrepreneuriat Laval a contribué au démarrage de près de 200 entreprises et à la création de plus de 400 emplois à temps complet, principalement dans la région de Québec, dont la moitié sont occupés par des diplômés et diplômées de l'Université.

RENÉE LAROCHELLE