Au fil des événements
 

18 mars 2004

   

Université Laval

LE COURRIER

Intégration ou ghettoïsation?
Les audiences publiques de la Commission d'aménagement de l'Université Laval (CAMUL) ont, de toute évidence, permis à plusieurs personnes ou groupes d'émettre des recommandations dont quelques unes sont sans doute pertinentes tandis que d'autres font preuve d'un manque total de réalisme et de compréhension du concept d'intégration. Ainsi, l'idée que "l'Université doit intégrer davantage la ville au sein du campus par l'implantation de bureaux, de commerces ou de restaurants ou même d'un cinéma" (Au fil des événements, 4 mars 2004, p.7) est dérangeante à plusieurs points de vue. En premier lieu, aurait-on oublié qu'à moins de 1 km (plus ou moins 10 minutes de marche) du campus, on retrouve les salles de cinéma du Clap? Est-ce le mandat de l'Université Laval de concurrencer le cinéma voisin? De plus, de nombreux commerces et bureaux de tout genre voisinent déjà le campus, dont entre autres trois centres commerciaux. De façon plus précise, le Géorépertoire des lieux d'activité de la Région métropolitaine de Québec (CRAD, 2002) nous apprend que pas moins de 15 restaurants (au sens large, c'est-à-dire incluant les casse-croûte) sont situés dans un rayon égal ou inférieur à 1 Km à vol d'oiseau du centre du campus et qu'environ 500 commerces, bureaux et services (toute catégorie confondue) font des affaires dans ce même rayon.

Ces décomptes vont totalement à l'encontre de l'idée d'"isolement géographique" proposé par certains pour caractériser le campus de l'Université Laval. Par ailleurs, je vois mal comment des commerces implantés sur le campus réussiraient à concurrencer les commerces de Place Sainte-Foy et à survivre. L'expérience a déjà été tentée, il y a quelques années, sans grand succès d'ailleurs. En deuxième lieu, l'implantation de commerces, de bureaux, cinéma et même de logements sur le campus agirait, à mon avis, dans le sens contraire de l'intégration du campus à la ville. En effet, si toutes ces fonctions urbaines s'installaient sur le campus, pourquoi en sortirait-on? Ne serait-ce pas là une forme de ghettoïsation par rapport à une ville que l'on souhaite tant intégrer? Enfin, un campus universitaire remplit deux grandes mandats: la formation et la recherche, pas la réalisation de profits associée à la fonction commerciale.

L'aménagement, c'est l'art du possible, a écrit le géographe, Paul Claval. Un campus universitaire devrait être un îlot de tranquillité, verdoyant si possible, agréable à parcourir à pied et accessible à toute la population en tout temps, et plus particulièrement lors de grandes conférences, congrès, colloques, etc. Si l'objectif est l'intégration du campus à la ville, travaillons, entre autres, à améliorer son accessibilité à l'ensemble de la population, surtout par les modes de transport alternatifs à l'automobile (malheureusement trop présente) et travaillons à améliorer l'accessibilité des commerces, bureaux et services présents dans le voisinage du campus pour le bénéfice de toute de la communauté universitaire.

MARIE-HÉLÈNE VANDERSMISSEN
Professeure au Département de géographie