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11 mars 2004

   

Université Laval

Le chat qui guérit

Une intervention psychologique offerte par clavardage permet aux personnes handicapées de surmonter leur solitude

Anne était une personne sociable et chaleureuse qui n'avait jamais eu de difficulté à se faire des amis. Employée de bureau, elle appréciait les sorties au restaurant, au cinéma et au théâtre, avec des collègues et des amis. Un jour, le diagnostic médical tombe sur les malaises qui l'incommodaient depuis quelque temps: ataxie. Les mois passent, le mal s'aggrave et la voilà confinée à une chaise roulante. Sa fatigue chronique la contraint à laisser son emploi et, du coup, elle perd une partie importante de ses contacts sociaux. Les sorties avec les amis se font de plus en plus rares. Elle a l'impression de ne plus compter pour eux. Elle se sent triste, inutile et seule.

Ce sont des personnes comme Anne qui pourraient profiter d'une nouvelle intervention psychologique via Internet, perfectionnée par Sandra Lynn Hopps et Michel Pépin de l'École de psychologie de l'Université Laval. Mise à l'essai chez un groupe de 20 personnes souffrant d'un handicap physique apparent, cette approche qui repose sur le clavardage, permet de réduire considérablement le sentiment de solitude. Au terme de 12 séances de deux heures de chat, étalées sur 16 semaines, les chercheurs ont noté, chez 80 % des participants, une amélioration cliniquement significative des indicateurs mesurant l'intensité du sentiment de solitude et l'acceptation du handicap. De plus, un suivi effectué quatre mois après la fin de l'intervention psychologique a démontré que les gains attribuables à la thérapie étaient maintenus. "L'intervention par clavardage constitue donc un moyen efficace et viable pour offrir ce type d'intervention", conclut Sandra Hopps, dans la thèse de doctorat qu'elle a consacrée à ce sujet.

Pas de papotage
Précisons que les sujets qui ont participé à l'étude ne clavardaient pas sur la pluie, le beau temps ou l'élimination du dernier star académicien. "La thérapie doit être psychorééducatrice et structurée pour éviter le chit chat (bavardage)", insiste Sandra Hopps. Les interventions de la psychologue et des deux ou trois sujets qui participaient à chaque séance de clavardage portaient exclusivement sur le traitement de la solitude et les efforts faits pas chacun pour atteindre les buts qu'ils s'étaient fixés au début du traitement.

Avant la phase clavardage de la thérapie, la psychologue avait pris soin de rencontrer chaque participant pour effectuer une évaluation de son cas et pour discuter avec lui des causes du sentiment de solitude. Elle a tenté de modifier les perceptions erronées qu'ils entretenaient par rapport à la solitude en plus de travailler à l'amélioration de leurs habiletés à entrer en contact avec les autres. "La solitude provient d'une différence entre le niveau de relations interpersonnelles souhaité et celui qui est vécu par la personne, explique Sandra Hopps. Comme le handicap physique constitue une barrière comportementale, il faut que ces personnes aient encore plus d'habiletés pour entrer en relation avec les autres."

Tous égaux
L'anonymat du clavardage a plu à la majorité des participants parce qu'il leur permettait d'exprimer plus librement leurs émotions et leurs expériences. De plus, ils ont apprécié le fait que cette formule leur donnait le temps de rassembler leurs idées avant de les exposer au groupe et qu'elle leur permettait de se sentir "égaux" avec les autres. Malgré les avantages que présente cette approche, Sandra Hopps croit qu'une intervention en personne demeure préférable. "Lorsque les patients se retrouvent face à un psychologue ou aux autres membres du groupe, ils ont l'occasion de mettre en pratique les habiletés relationnelles que le traitement vise à leur inculquer. C'est plus près de la vraie vie."

Sandra Hopps reconnaît que la thérapie par clavardage ne convient pas à tous. Pour pouvoir en profiter, il faut d'abord savoir lire et écrire, être en mesure de taper sur un clavier et avoir un minimum de connaissances informatiques. "Malgré ces limitations, notre étude démontre le potentiel de l'outil pour dispenser certaines thérapies à des gens qui souffrent de solitude. Je crois aussi qu'elle pourrait être utile pour offrir d'autres types de traitements à des personnes vivant dans des régions éloignées mal desservies par les psychologues."

JEAN HAMANN