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29 janvier 2004

   

Université Laval

Régénération spontanée

La solution à une énigme qui entourait la tyrosinémie héréditaire ouvre la porte à une nouvelle piste de traitement

La tyrosinémie héréditaire est une maladie qui prend différents visages. Sous sa forme aiguë, elle cause de graves dommages qui peuvent mener à une défaillance du foie et au décès avant l'âge d'un an. Sous sa forme chronique, elle apparaît plus tardivement et frappe les reins et le foie, provoquant des cancers hépatiques chez plus de 40 % des malades avant l'âge adulte. Étonnamment, la forme qu'épouse cette maladie est sans lien avec la mutation - il en existe plus de 40 qui entraînent cette maladie - en cause dans chaque cas.

L'explication alors? Des chercheurs de la Faculté de médecine ont leur idée là-dessus. Les différentes intensités de la maladie seraient attribuables à un mécanisme de correction spontanée de l'anomalie génétique qui s'exprime à divers degrés d'un malade à l'autre! Dans un récent numéro de Human Pathology, Sylvie Demers, Pierre Russo, Francine Lettre et Robert Tanguay rapportent avoir observé une réversion de la mutation chez 88 % des 26 enfants tyrosinémiques à qui il a fallu prélever le foie entre 1988 et 1997, à l'Hôpital Sainte-Justine de Montréal. "À ma connaissance, aucune autre maladie n'affiche des taux de réversion aussi élevés", soutient Robert Tanguay.

La surface du foie qui montrait des signes de réversion variait d'un modeste 0,1 % jusqu'à un surprenant 85 %. "Les patients qui présentaient une plus grande surface de réversion avaient des symptômes moins sévères que les autres", souligne le chercheur. En moyenne, le taux de réversion chez les victimes de la forme aiguë ne dépassait pas 2 % alors qu'elle atteignait 36 % chez les malades chroniques.

La probabilité qu'une réversion survienne au site exact de la mutation et qu'elle restaure la fonction originale d'un gène est extrêmement faible, mais elle n'est pas nulle, insiste le chercheur. Le phénomène commence probablement in utero et comme les cellules saines croissent plus vite que les cellules malades, elles parviennent, par sélection positive, à recoloniser partiellement le foie. "Les cellules saines aident le foie à fonctionner normalement alors que celles qui ne connaissent pas de réversion deviendront cancéreuses avec le temps, avance Robert Tanguay. Si on parvenait à comprendre les mécanismes qui sont en cause, on pourrait favoriser le mécanisme de réversion dans le foie des malades. C'est ce que nous tentons de faire présentement chez la souris."

Filière anti-oxydant
L'équipe de recherche de la Faculté de médecine explore également une autre piste de traitement. Dans le numéro d'octobre de Médecine Sciences, Anne Bergeron, Rossana Jorquera et Robert Tanguay avancent que la tyrosinémie est causée par l'accumulation de métabolites causant des dommages de type oxydatifs dans la cellule. "Si notre hypothèse est juste, on pourrait améliorer la condition des enfants malades en leur faisant consommer beaucoup d'agents anti-oxydants, comme les vitamines C et E retrouvées dans les fruits et les légumes ainsi que dans les suppléments alimentaires. Nous avons ainsi réussi à faire vivre pendant 17 jours des souris tyrosinémiques qui, autrement, meurent 10 heures après leur naissance", rapporte Robert Tanguay.

La tyrosinémie héréditaire frappe 1 personne sur 100 000 à travers le monde et 1 enfant sur 16 000 au Québec. La région du Saguenay-Lac-Saint-Jean détient la triste première place mondiale avec un cas par 1 846 naissances.

JEAN HAMANN