Au fil des événements
 

11 décembre 2003

   

Université Laval

Au coeur de la nébuleuse

Vingt-huit spécialistes cartographient l'antilibéralisme québécois au 20e siècle

En écho à la toute première édition des Séminaires Fernand-Dumont, organisés conjointement par le Département de sociologie et son Groupe d'étude sur le XXe siècle québécois, vient de paraître le collectif L'antilibéralisme au Québec au XXe siècle. Édité chez Nota bene, l'ouvrage traduit le dynamisme et l'originalité de cette rencontre de sociologues, en reproduisant non seulement les allocutions diverses mais aussi les débats qui animèrent ce séminaire tenu à l'université en novembre 2001. Les Séminaires Fernand-Dumont étant bisannuels, cette parution survient tout juste à l'approche de la seconde rencontre.

Vingt-huit spécialistes n'étaient pas de trop pour cartographier un peu la nébuleuse de l'antilibéralisme québécois, dont les tendances se sont allègrement étirées entre la gauche et la droite. Dans sa préface, le directeur de l'ouvrage, Gilles Gagné, positionne le dialogue: "À l'heure où s'impose, sur le fond d'une pratique multiforme, l'idéologie inconsistante du néolibéralisme, où le socialisme passe pour un mauvais souvenir des sociétés occidentales, où l'État-providence est redéfini sur la base de son efficacité économique au nom du règne du client, il nous a semblé opportun de s'interroger sur les critiques passées et présentes du système libéral pour en éprouver les postulats et comprendre la teneur des mouvements sociaux qui les ont portées." Cette réflexion commune contribue donc à fragiliser les clichés qui dominent aujourd'hui la sphère politique, autant du côté du pouvoir que de la contestation.

Une manière de fournir des outils à l'indignation ambiante, tout en diminuant sa naïveté, est certainement de passer en revue les différentes mouvances antilibérales du siècle dernier, ce que Gilles Gagné et ses collègues font avec soin. Du créditisme et du corporatisme, examinés par Gilles Bibeau et Sylvie Lacombe, on enchaîne avec le syndicalisme et la démocratie de participation (Jean-Marc Piotte, Jean-Jacques Simard), chacune des interventions se doublant d'une réaction de la part d'un autre participant. La reproduction des débats éloigne encore cet exercice d'un ennuyeux colloque, convoquant ainsi le lecteur au processus d'une réflexion plutôt qu'à une série de monologues.

Marxisme (Maurice Lagueux) et totalitarisme (Michel Freitag) sont au menu dans la troisième et dernière partie, ce qui nous fait voyager entre le groupe des années 70 Parti pris et les mouvements sociaux les plus récents, entre le nazisme et l'économisme contemporain, auquel le 11 septembre a fourni des armes idéologiques non négligeables. En tout et pour tout, un bel exemple d'une pensée curieuse et intersubjective, à la croisée d'hier, d'aujourd'hui et de demain.

THIERRY BISSONNETTE

L'antilibéralisme au Québec au XXe siècle, sous la dir. de Gilles Gagné, Nota bene, 2003.