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11 décembre 2003

   

Université Laval

Sur la route de la soie transgénique

Une firme de biotechnologie fait appel à deux chimistes de l'Université Laval pour mieux comprendre les extraordinaires propriétés de la soie d'araignée

 Le fil d'araignée est un matériau d'une polyvalence exceptionnelle. La soie qui le compose a la résistante des meilleurs aciers bien que sa densité soit six fois moindre.
Sa finesse fait rêver à un fil à suturer révolutionnaire. Sa flexibilité, son élasticité et sa solidité en font un textile de choix pour la fabrication de produits allant de tendons artificiels jusqu'aux gilets pare-balles.

 

Malheureusement, cette précieuse soie ne se trouve pas sous le pas d'un cheval. Bien que nos maisons en soient remplies, les araignées ne peuvent être domestiquées. Elles sont territoriales, ce qui n'est pas leur moindre défaut puisqu'elles sont aussi cannibales. Sans compter le fait qu'elles ne produisent pas de soie sur demande. Bref, si quelqu'un vous offre d'investir dans une ferme d'élevage d'araignées, pensez-y à deux fois.

Jeffrey Turner et sa firme Nexia Biotechnologies ont misé leurs sous sur une autre filière pour exploiter l'Eldorado que fait miroiter la soie d'araignée. Les chercheurs de cette compagnie montréalaise ont réussi à intégrer les gènes qui contrôlent la production de la soie d'araignée dans des chèvres et celles-ci expriment les deux protéines qui composent la soie dans leur glande mammaire. "Nous aurions pu choisir la vache parce qu'elle produit plus de lait ou la souris parce que c'est plus simple d'y transférer des gènes", a expliqué Jeffrey Turner, lors d'une conférence présentée le 4 décembre au pavillon Marchand. "Si nous avons opté pour la chèvre, c'est parce que son cycle de reproduction est plus rapide que celui de la vache et parce que c'est un animal plus facile à traire que la souris!"

Nexia récupère les protéines recombinantes de soie d'araignée dans le lait de ses chèvres et elle a mis au point un procédé pour les filer. La fibre qui en résulte, brevetée sous le nom de BioSteel, offre des performances plus intéressantes que bien des matériaux existants, mais elle demeure, pour l'instant, une imitation imparfaite de la véritable soie d'araignée. La raison? Nexia l'ignore et c'est pourquoi elle s'est associée aux chercheurs Michel Pézolet et Michèle Auger, du Département de chimie de l'Université Laval, pour trouver une explication.

Pour mieux comprendre comment les différents paramètres du procédé de filage influencent la structure moléculaire et les propriétés de la fibre BioSteel, les deux chercheurs vont sortir l'artillerie lourde: microspectroscopie Raman, spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier, spectroscopie de résonance magnétique nucléaire en solution et à l'état solide, diffraction des rayons X aux grands angles et mesures de force de traction. D'ailleurs, les deux chercheurs ont demandé à une firme américaine de l'Idaho de leur fabriquer une microétireuse qui permettra d'étudier comment la conformation et l'orientation des protéines d'une fibre de soie change à mesure qu'on l'étire.

"Présentement, Nexia est en avance sur ses concurrents, mais pas sur l'araignée, commente Michel Pézolet. Notre recherche devrait les aider à optimiser leur procédé de filage de façon à mieux contrôler les propriétés des fibres pour des applications industrielles et médicales." Au cours des trois prochaines années, le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie investira 300 000 $ dans ce projet. Nexia y ajoute un montant équivalent, essentiellement en produits et en services.

JEAN HAMANN