Au fil des événements
 

11 décembre 2003

   

Université Laval

L'université dans l'économie du savoir

Le compte rendu de la première édition des Rencontres Champlain-Montaigne est l'occasion de réfléchir sur les liens que les universités entretiennent avec leur entourage socio-économique


Les villes de Québec et de Bordeaux, jumelées depuis 1962, n'en sont pas à leurs premières collaborations. Déjà en 1758, une escadre partait de Bordeaux pour secourir et approvisionner Québec, alors aux prises avec les Anglais. Coulée en 1760, l'escadre est tout de même devenue un symbole des liens entre les deux cités, qui se manifestent à de nombreuses occasions. Un des plus récents exemples cette persistance fut, l'an dernier à Québec, l'édition initiale des Rencontres Champlain-Montaigne, organisées de concert par les partenaires des deux villes. C'est Jean-Paul L'Allier qui, lors de sa mission bordelaise en 1999, avait lancé l'idée de ce colloque récurrent, idée saisie ensuite par le maire de Bordeaux Alain Juppé. Alors que la deuxième édition avait lieu cette année à Bordeaux, le cycle se poursuivra maintenant de façon bisannuelle et alternera d'une ville à l'autre.

La rencontre qui s'est déjà déroulée ici, du 3 au 5 octobre 2001, avait pour thème les rapports entre l'université et les acteurs socio-économiques de sa région, ce dont les Presses de l'Université Laval permettent de rendre compte avec le livre Villes, régions et universités, Les acteurs et leurs pratiques. Colligés par Raymond Hudon et Jean-Pierre Augustin, les textes permettent de mesurer l'étendue d'un questionnement qui résume en grande partie la raison d'être des Rencontres.

Comme le dit Florian Sauvageau dans son introduction à la première séance, le prétexte même de ces discussions porte à débat. Entre vouloir dépasser la conception de l'université comme un vase clos et l'ouvrir à des influences mettant possiblement sa mission cognitive en danger, la distance peut en effet sembler très mince. Selon Sauvageau, l'interrogation est cependant justifiée par une exigence de modernité, puisque l'université serait déjà entrée dans une nouvelle économie du savoir, se percevant comme "producteur et diffuseur de connaissances utiles." C'est dans ce sens que va la communication de François Tavenas, alors recteur de l'Université Laval, intitulée "De la tour d'ivoire à l'agora", et dans laquelle il tente de décrire les règles qui doivent régir les relations entre l'institution et les divers intervenants. Quant à Jean-Pierre Rioux, il décrit la situation européenne en insistant sur le développement historique de l'université, pour finir par proposer un équilibre entre l'universalité de la mission et la "localisation de sa mise en uvre".
Dans les deux séances suivantes, ce sont justement les différents niveaux d'interaction qui sont étudiés. De la ville à la région, on observe notamment l'exemple de l'Université du Québec et de son investissement des régions, de même que, du côté français, l'exemple d'une université sise à Agen, une petite ville d'Aquitaine.

Décentrée, appelée à gérer sa propre diffraction en réseaux régionaux et internationaux, l'université reçoit ici davantage de questions que de réponses, d'où la pertinence des autres Rencontres Champlain-Montaigne qui sont prévues. Entre l'université idéale, totalement hiérarchisée, et la mosaïque de collaborations internes et externes, d'autres réflexions du genre ne seraient pas non plus dénuées de pertinence.

THIERRY BISSONNETTE

Villes, régions et universités, Les acteurs et leurs pratiques, Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine / Presses de l'Université Laval.