Au fil des événements
 

11 décembre 2003

   

Université Laval

Les rites sont éternels


La naissance, l'entrée dans le monde adulte, l'union conjugale, la mort: voilà quelques-unes des dimensions de la vie qui survivront toujours à l'épuisement des rituels qui les entourent, et qu'on remplacera inévitablement par d'autres. C'est ce qui ressort notamment du nouvel ouvrage de Denis Jeffrey, professeur d'éthique à la Faculté des sciences de l'éducation.

Déjà auteur de Jouissance du sacré et de Rompre avec la vengeance, Denis Jeffrey s'est consacré cette fois à un Éloge des rituels, essai de facture très libre malgré ses multiples références et son regard rigoureux. "On pourra dire, affirme Jeffrey, que le rite va disparaître quand les hommes ne croiront plus que les sources de la vie et le tragique de la mort leur échappent. Mais on voit bien l'impossible de la disparition des rituels."

Plutôt que de parler de chapitres pour les huit parties de son ouvrage, l'auteur a préféré l'appellation d'"approches". C'est que tout comme Montaigne et Edgar Morin, cités en début d'ouvrage, Denis Jeffrey ressent le besoin de tourner autour de son objet et de multiplier les perspectives, s'éloignant par là d'une pensée binaire et mortifiante.

L'idée du livre s'est d'ailleurs présentée tout naturellement, à partir d'une discussion entre amis sur la question des rites. Alors même que le débat avançait, Jeffrey fut frappé par la quantité de rituels qui traversaient ce souper même. "Dans ce livre, je désire pousuivre la discussion de Cap-à-l'Aigle. Il ne faudra pas y chercher des arguments exhaustifs de type universitaire. Je ne désire pas faire un exposé scientifique ni un livre qui relate l'histoire des rituels." C'est donc à partir du quotidien de ses contemporains que l'essayiste a orienté ses remarques, décelant dans le présent les traces des rites anciens, qu'on aurait tort de croire disparus.

Autant le domaine de la nourriture, du vêtement, du récit ou de la fête sont investis du besoin de ritualiser, qu'il y ait ou non contrainte sociale. C'est cette persistance du rite, même dans le terrain laïc et sceptique des sociétés occidentales, qui aiguillonne la réflexion de Denis Jeffrey. Ainsi, si l'on s'en fie à la vision très large de l'auteur, le monde académique lui-même serait indissociable de rites collectifs permettant à la fois distance et actualisation: " Le rituel est de l'ordre d'un jeu. Le jeu rituel ouvre un espace de relations différentes vis-à-vis de soi, d'autrui et du monde ambiant. La durée du jeu rituel est propice à l'expression de sentiments, d'émotions, de paroles qui n'auraient pas pu voir le jour autrement."

THIERRY BISSONNETTE

Denis Jeffrey, Éloge des rituels, Presses de l'Université Laval, 2003.