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11 décembre 2003

   

Université Laval

Le bénévolat est en mutation

De plus en plus de personnes voient cette activité comme une façon d'affirmer leurs valeurs

Peu de temps avant Noël, les bénévoles se retrouvent fréquemment sous les feux de la rampe, bravant le froid pour recueillir des fonds ou servant des repas aux démunis. Cependant on sait peu de choses sur les motivations profondes de ces hommes et de ces femmes qui donnent leur temps aux autres. Deux chercheurs de l'Université Laval ont voulu dépasser les idées reçues à leur sujet et surtout comprendre les mutations du bénévolat d'aujourd'hui au Québec. Andrée Fortin, professeure au Département de sociologie et Éric Gagnon, professeur associé au Département de médecine sociale et préventive, viennent de publier un article portant sur la construction de soi par le bénévolat dans la revue Nouvelles pratiques sociales, et pourraient en publier un second prochainement dans Lien social et politiques.

En rencontrant près d'une cinquantaine de bénévoles impliqués dans des organismes culturels, dans leur paroisse ou encore à l'école primaire, les chercheurs ont constaté que nombre de personnes voyaient cette activité comme une façon d'affirmer leurs valeurs. "Autrefois, notre destin était tracé d'avance dès notre naissance tandis qu'aujourd'hui il faut constamment se redéfinir, note Andrée Fortin. Le bénévolat constitue une façon de marquer des passages ou, au contraire, de souligner une certaine continuité."

La chercheure cite ainsi l'exemple de cette femme qui, pendant plusieurs années, a accompagné des malades en phase terminale. À la naissance de ses enfants, elle a changé d'orientation pour s'impliquer auprès des futures mères, puis à l'école. Pour d'autres bénévoles, le don de son temps permet de franchir une nouvelle étape de vie. "Il peut s'agir de gens qui veulent surmonter un veuvage, une rupture amoureuse, ou qui remettent en cause leur existence après un accident", précise Andrée Fortin.

Le bénévolat comme projet de société
En interrogeant en profondeur des personnes engagées dans divers organismes, les chercheurs ont rapidement compris qu'on ne peut réduire le bénévolat à l'altruisme ou à l'attention portée aux autres. En fait, la plupart des personnes rencontrées insistent sur les liens sociaux qu'elles nouent en travaillant bénévolement et sur leur désir de contribuer à un projet de société. Les chercheurs ont ainsi remarqué que le bénévolat augmentait dans le secteur culturel. En s'impliquant dans le Festival de musique sacré de Saint-Roch ou dans l'organisation d'un festival du film à Baie-Comeau, les bénévoles cherchent donc à aider la cause de la culture. Une volonté analogue anime ceux qui donnent de leur temps dans la paroisse ou à l'école. Autrement dit, le bénévole s'engage de plus en plus dans des organismes correspondant à ses valeurs profondes, et non pas simplement pour se mettre au service des autres par obligation.

À ce sujet, les chercheurs ont d'ailleurs découvert une donnée intéressante concernant la définition même du bénévolat. "Plusieurs personnes interrogées nous ont expliqué qu'à leurs yeux l'entraide familiale faisait désormais partie du bénévolat, raconte Andrée Fortin. Une grand-mère ne se sent plus obligée de garder ses petits-enfants, mais le fait par plaisir et considère alors qu'elle agit comme bénévole." Les organismes qui font appel fréquemment à l'implication du public auraient tout intérêt à prendre en compte ces changements de perception face au bénévolat. Plusieurs éprouvent en effet des difficultés à retenir leurs bénévoles dans leurs rangs parce qu'ils ont du mal à saisir les motivations profondes de ceux et celles qui leur offrent le plus précieux des dons, le temps.

PASCALE GUÉRICOLAS