Au fil des événements
 

11 décembre 2003

   

Université Laval

Bach et le nombre d'or

Un des mystères de l'oeuvre monumentale de Jean-Sébastien Bach est éclairci: le musicien allemand appliquait la règle du nombre d'or à ses compositions. Guy Marchand, l'homme par qui le secret a été découvert, donnait une conférence à ce sujet sur le campus le 27 novembre dernier. Il est l'auteur de l'essai intitulé Bach ou la passion selon Jean-Sébastien, de Luther au nombre d'or, qui vient de paraître aux éditions de l'Harmattan à Paris. Première monographie consacrée à «la divine proportion» au sein de l'architecture musicale de Bach, son ouvrage de 400 pages est le résumé de sa thèse de doctorat achevée en 1999 à l'Université de Montréal.

Luthiste et musicologue, Guy Marchand a exploré quelque 200 cantates et des chants religieux de Bach pour débusquer cette norme esthético-mystique qu'est le nombre d'or. Par une analyse méticuleuse de la fugue de la Suite en do mineur pour luth, il en a fait ressortir la construction symétrique inusitée. «Cette fugue est exceptionnelle par sa construction, car il y a tout un jeu de retours périodiques. Les épisodes et les sujets sont traités de façon récurrente», note-t-il. La petite fugue de la Suite en do mineur de Jean-Sébastien Bach est construite d'après les mesures du nombre d'or établies par le mathématicien italien Fibonacci. En analysant tour à tour la fugue et la monumentale Passion selon saint Mathieu, Guy Marchand a confirmé l'utilisation du nombre d'or par Bach au 17e siècle.

Le nombre d'or est également appelé la «divine proportion». Comme Dieu, celle-ci est unique et incommensurable. L'équation parfaite et récurrente des trois termes a été considérée comme le symbole mathématique de la Sainte Trinité. De l'Antiquité au Moyen-ge, la valeur du nombre d'or représentait l'idéal de beauté aux yeux des philosophes et des esthéticiens. L'équation mathématique de ses trois termes aboutissait à un résultat permettant la construction des formes parfaites. Le plus célèbre exemple est le Parthénon, le temple d'Athènes construit selon les proportions du nombre d'or.

Fervent chrétien, Bach a appliqué les thèses de Martin Luther à sa musique, faisant de son oeuvre un hommage à la gloire de Dieu. Ainsi, la Suite en do mineur dépeint la difficile expérience des hommes et la pratique de leur foi chrétienne. La construction harmonique en chutes correspond à l'égarement des hommes sous l'emprise de Satan. Enfin, l'ascension finale représente le salut des âmes par Dieu.

OLIVIA WU YAO KWANG