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4 décembre 2003

   

Université Laval

Des profs libres et heureux

L'Université du troisième âge de Québec célèbre ses 20 ans

Le professeur Louis Balthazar a pris sa retraite du Département de science politique en 1997. Mais cinq ou six ans auparavant, il commençait déjà à enseigner à l'Université du troisième âge de Québec (UTAQ). "J'y allais et j'y vais toujours avec grand plaisir", indique-t-il. Selon lui, ce type d'enseignement est dépouillé des aspects ennuyeux de la pédagogie, comme corriger pendant de longues heures, tenir des examens ou monter des bibliographies. "L'université du troisième âge, précise Louis Balthazar, offre une grande liberté et permet un contact agréable et gratifiant avec des gens au volume d'expérience très différent qui, contrairement aux jeunes étudiants du premier cycle, ne se gênent pas pour exprimer leur appréciation!" Selon lui, l'hétérogénéité des groupes peut représenter un défi. "Certains de mes étudiants ont eu peu accès à l'éducation, dit-il. Pour eux, entrer à l'Université est un rêve devenu réalité. Certains n'ont même jamais lu de journaux et posent parfois des questions très simples. Par exemple: "Qu'est-ce que le Pentagone?". Comme vulgarisateur, j'adore ça!"

Louis Balthazar participait, le jeudi 27 novembre au pavillon La Laurentienne, à une table ronde dans le cadre d'une demi-journée d'activités visant à souligner les 20 ans de l'Université du troisième âge de Québec. Chapeautée par la Direction générale de la formation continue de l'Université Laval, l'UTAQ accueille quelque 3 000 adultes de 50 ans et plus chaque session. Une centaine de cours, d'entretiens, d'ateliers et de petits-déjeuners culturels sont offerts par des enseignants chevronnés provenant de Laval et de différents cégeps. Aucun préalable scolaire n'est exigé et il n'y a ni devoir, ni examen à faire. La clientèle est majoritairement féminine, âgée en moyenne de 60 ans et détentrice à 80 % d'un diplôme universitaire.

Créer après 50 ans
L'artiste Claire Lamarre enseigne la peinture et les techniques mixtes à l'UTAQ. Ludmila Bovet, elle, donne des cours d'écriture. L'une et l'autre ont vu des débutants développer, avec le temps, une véritable passion. "Plusieurs sont devenus des artistes très autonomes, explique Claire Lamarre. Leur démarche est pour eux un nouvel engagement, un accomplissement, et non une simple activité socioculturelle." En une dizaine d'années, Ludmila Bovet a vu une quinzaine d'étudiants de son atelier "J'écris mes mémoires" être publiés, la plupart à compte d'auteur. "Après quelques semaines, les gens s'aperçoivent qu'ils aiment écrire et qu'ils ne peuvent plus s'en passer, souligne-t-elle. On me dit: "Grâce à vous, j'ai pu enfin réaliser mon rêve"."

Une énorme gratitude
Louis-André Richard enseigne la philosophie au Cégep de Sainte-Foy. Depuis plusieurs années, il fait connaître la pensée de nombreux philosophes, dont saint Augustin, Machiavel et Descartes, aux 50 ans et plus. "Mes étudiants sont hantés par trois questions fondamentales qui tournent autour de l'idéal socratique du "Connais-toi toi-même" et qui deviennent urgentes quand on avance en âge, explique Louis-André Richard. Ces questions sont: Qui suis-je? D'où viens-je? et Où vais-je? Ils s'inscrivent aux cours pas tellement pour l'auteur lui-même, mais plutôt pour réfléchir à des réponses possibles à ces questions." Selon lui, l'Université du troisième âge permet un espace de gratuité extraordinaire. Et la gratitude est énorme. Le jour précédant la table ronde, à la fin d'un cours qu'il donnait sur Jean-Paul Sartre, Louis-André Richard a reçu un violon d'un étudiant, un médecin retraité devenu luthier. "Monsieur, lui a-t-il dit, vous m'avez appris à penser par moi-même."

YVON LAROSE