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13 novembre 2003

   

Université Laval

Bien portés, bien portants

Une étude démontre les avantages de la méthode Kangourou pour le développement intellectuel des enfants prématurés

La méthode Kangourou, qui consiste à porter un enfant prématuré sur le ventre 24 heures sur 24, peau contre peau, plutôt que de le laisser à l'hôpital dans une couveuse, aurait des effets bénéfiques mesurables sur le développement intellectuel de l'enfant. Réjean Tessier et Line Nadeau, de l'École de psychologie, et six chercheurs colombiens, en apportent la preuve dans le dernier numéro de la revue scientifique Infant Behavior & Development.

Cette équipe a étudié 336 enfants, à la fois prématurés (né après 33 semaines de grossesse en moyenne) et de petit poids (moyenne: 1 500 g), qui ont vu le jour dans un hôpital de Bogota en Colombie.

 

Environ la moitié de ces nouveau-nés ont reçu les soins habituellement dispensés lors de naissances à risque, incluant un séjour prolongé dans une couveuse. L'autre moitié, les enfants du groupe Kangourou, ont également séjourné en couveuse, mais ils en sont sortis pour être confiés aux soins de leurs parents dès qu'ils ont pu se nourrir au sein. Une fois à la maison, la mère, le père ou une autre personne de la famille devait porter l'enfant sur son ventre en permanence jusqu'à ce qu'il atteigne l'équivalent de 37 ou 38 semaines de gestation. En moyenne, la phase Kangourou durait deux semaines, estime Réjean Tessier.

À l'âge d'un an, les enfants ont été soumis à une série de tests servant à mesurer leur développement neurologique. Ces tests évaluent les compétences sur le plan locomoteur, auditif et langagier, la coordination visuo-motrice, la capacité à raisonner et à entrer en relation avec les autres ainsi que les performances à des tests de boîtes, de couvercles et de cubes. En moyenne, les enfants du groupe Kangourou ont obtenu un score quatre points plus élevé (101) que ceux du groupe couveuse (97), une différence significative du point de vue statistique, mais dont la portée clinique est modeste, reconnaissent les chercheurs. La méthode Kangourou permet tout de même de combler une partie de l'écart avec la moyenne des bébés colombiens (score: 107).

Par contre, soulignent les chercheurs, la différence entre le groupe Kangourou et le groupe couveuse s'accentue chez les grands prématurés. Ainsi, les chercheurs rapportent un écart de 6,5 points en faveur du groupe Kangourou lorsque la comparaison porte uniquement sur les enfants de chaque groupe dont l'état à la naissance a exigé des soins intensifs. Par ailleurs, l'écart atteint 7 points en faveur du groupe Kangourou lorsque les chercheurs limitent leurs analyses aux enfants qui semblaient montrer des retards de développement neurologique à l'âge de six mois. Enfin, lorsque les chercheurs ne considèrent que les enfants qui répondent aux deux conditions précédentes simultanément, l'écart grimpe à près de 13 points. "Un écart de plus de 10 points est considéré comme important et significatif sur le plan clinique", signale Réjean Tessier.

Selon les chercheurs, la méthode Kangourou procurerait une stimulation sensorielle positive pendant une période cruciale du développement neurologique de l'enfant. "Nos résultats démontrent également l'importance d'une intervention précoce auprès des nouveau-nés les plus vulnérables et les plus fragiles." Les études antérieures menées par cette équipe avaient révélé que la méthode Kangourou favorisait également la croissance du nouveau-né, le sentiment de compétence de la mère et le développement du lien mère-enfant.

JEAN HAMANN