Au fil des événements
 

13 novembre 2003

   

Université Laval

Papa et maman à l'université

Les étudiants sont de plus en plus nombreux à élever une famille tout en poursuivant leur formation

C'est l'été. Mélanie et Mathieu partent ensemble à l'usine de traitement d'eau potable de Québec récupérer les échantillons d'eau dont l'étudiante en génie civil se sert quotidiennement pour sa recherche de maîtrise. Une ballade en amoureux? Vous n'y êtes pas vraiment car, en juillet, Mathieu n'avait que trois mois. D'autres détails croustillants sur la vie de cette jeune fille de 25 ans qui étudie sous la direction de Manuel Rodriguez, professeur au département d'aménagement? Après avoir mesuré le taux de coliformes dans ses bouteilles d'eau, Mélanie Bouchard se transformait en taxi pour aller chercher ses deux plus vieux, âgés de deux et cinq ans à leur garderie en milieu familial. Ouf!

Manifestement, l'étudiante au deuxième cycle se sent comme un poisson dans l'eau face à la fameuse question de la conciliation études-famille. Son fils Philippe a vu le jour juste avant qu'elle ne commence son baccalauréat en microbiologie, et ses études ont toujours fait bon ménage avec sa profession de mère, d'autant plus que son conjoint vient tout juste de terminer sa maîtrise en économique. "Jean et moi voulions des enfants pendant que nous sommes jeunes et en bonne santé, explique-t-elle tranquillement. En plus, le fait d'être étudiante permet d'avoir des horaires plus flexibles que quelqu'un qui travaille." Même si la famille ne roule pas sur l'or, Mélanie affirme que les enfants n'ont jamais manqué de rien, les parents des deux étudiants les épaulant lorsqu'un siège d'auto ou une chaise haute faisait défaut.

Interrogée sur la recette infaillible pour réussir à conjuguer efficacement ses multiples tâches, la jeune fille parle surtout de la nécessité de bien s'organiser. De 8 h à 16 h, elle se consacre à ses recherches, et le reste de la journée à ses enfants. Dès qu'ils dorment par contre, elle replonge la tête dans ses livres si elle doit préparer un examen. "Avec mon conjoint, nous avons toujours étudié plusieurs jours avant l'échéance au cas où un des petits ne tombe malade", précise l'étudiante. Très heureuse de sa vie de famille, Mélanie affirme que les activités sociales des jeunes de son âge ne lui manquent pas, elle qui adore s'amuser avec ses petits. Cependant, le plus difficile c'est peut-être d'affronter les remarques acerbes de passants qui s'indignent, en les voyant entourés de leurs bambins, que de jeunes parents "gâchent" ainsi leur vie.

Tendance lourde?
Ces adeptes du préjugé auraient peut-être intérêt à changer de cheval de bataille, car les statistiques prouvent que de nombreux étudiants élèvent désormais une famille tout en poursuivant leurs études. Dans une analyse publiée en décembre 1997 à partir d'un échantillon de 539 répondants des deuxième et troisième cycles, l'Association des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIÉS) notait que 25 % des étudiants avaient au moins un enfant à charge. Des chiffres à peu près similaires à ceux tirés d'une étude du Conseil national des cycles supérieurs, une composante de la Fédération universitaire du Québec (FEUQ), en 2001. De son côté, dans une étude tout juste disponible, le Ministère de l'éducation précise que 12,5 % des étudiants bénéficiant de l'aide financière du gouvernement, tous cycles d'études confondus, ont des enfants. Les parents-étudiants ont d'ailleurs un peu plus tendance que les autres à interrompre leurs études, et ils travaillent un peu moins à l'extérieur.

La réalité familiale devient donc une préoccupation pour l'AELIÉS, qui constate par ailleurs, dans un autre document, que les trois centres de la petite enfance sur le campus ne comblent pas les besoins de parents étudiants désireux de faire garder leur progéniture, puisque le temps d'attente moyen y est de deux ans. L'association mise donc beaucoup sur son projet de construction d'une soixantaine de logements pour familles étudiantes sur le campus pour aider les parents, puisqu'une aile du bâtiment serait consacrée à un centre de la petite enfance et que des appartements de plus grande taille que les chambres actuelles seraient disponibles.

"Il va y avoir de plus en plus d'étudiants qui auront à concilier leurs études avec la vie de famille dans un proche avenir, car la moyenne d'âge à la maîtrise et au doctorat augmente et les gens n'attendent plus après leurs études pour avoir des enfants", fait remarquer Antoine Goutier, président de l'AELIÉS. L'association espère que son projet de résidence familiale sera discuté lors de la consultation menée par la Commission d'aménagement de l'Université Laval (voir article sur le sujet), et qu'il deviendra bientôt une réalité.

PASCALE GUÉRICOLAS