Au fil des événements
 

9 octobre 2003

   

Université Laval

Sa joie demeure

Lytta Basset propose une lecture personnelle et rafraîchissante de la Bible

"A-t-on le droit d'être heureux?" Tel était le thème de la conférence prononcée samedi dernier à la maison Jésus-Ouvrier de Québec par l'écrivaine à succès franco-suisse Lytta Basset. Dans le cours de son exposé, présenté notamment par la Faculté de théologie et de sciences religieuses, la philosophe et professeure de théologie à l'Université de Lausanne, de surcroît pasteure protestante, a convié son auditoire à réfléchir sur ce qu'elle appelle "l'interdit du bonheur". "Je m'étais aperçue, explique-t-elle, que beaucoup de gens ne se ressentaient pas le droit d'être heureux, parce qu'ils portent le malheur de quelqu'un depuis longtemps, parce qu'il y a quelqu'un de très malheureux dans leur entourage, ou parce que, comme disent certains, il n'est pas possible de goûter la joie quand on voit le monde qui va si mal. Or, je ne comprends pas que des chrétiens ne puissent pas trouver la joie puisque le message de l'Évangile est complètement orienté vers elle."

La conférencière a fait allusion aux textes de l'apôtre Jean où il est question de la notion de "joie parfaite". Notamment à cette phrase de Jésus: "Je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite." Elle a aussi abordé la parabole dite du fils prodigue. Dans cette histoire extrêmement universelle, sans référence à Dieu ou à Jésus, trois personnes souffrent: le père et ses deux fils. Le père fait un cheminement vers la joie et invite ensuite ses fils à y entrer à leur tour.

Une vie à la recherche de sens
Lytta Basset a cherché très jeune à comprendre le sens de la vie. "J'ai été tellement confrontée à l'absurde dans ma propre vie et ce, depuis si longtemps, dit-elle. Je crois que j'ai fait de la philosophie bien avant d'aller à l'école!" De son éducation protestante, elle retient la très grande liberté d'interprétation des textes bibliques, une liberté qui colore aujourd'hui son approche particulière des Écritures. Mais il y a plus. Cette intellectuelle à la fois théoricienne et praticienne ne s'est jamais enfermée dans une conceptualité qui l'aurait coupée des gens et d'elle-même. "Mon être femme exige une compatibilité ou une non-contradiction entre ma pensée et mon expérience, explique-t-elle. Je ressens une exigence qu'il n'y ait pas un fossé infranchissable entre ce que je dis et ce que je vis réellement. C'est pour cela que je n'écrirai jamais de livre sur quelque chose qui ne m'a pas travaillée aux entrailles."

Que l'on soit croyant ou non-croyant, et peu importe notre confession religieuse, tous et toutes peuvent trouver leur compte dans la lecture des livres de Lytta Basset. Ces essais sont très fouillés sur le plan biblique et vont loin sur le plan de la réflexion théologique et philosophique. Que ce soit le pardon, la culpabilité, la joie, la colère ou la souffrance, l'écrivaine aborde des problématiques fondamentales qui sont les mêmes chez tous les humains. Par exemple, le lien entre la peur et l'esprit de jugement. Ou bien la colère interdite. Ainsi, dans Sainte colère. Jacob, Job, Jésus (Bayard/Labor et Fides, 2002), Lytta Basset soutient que la colère constitue un moment nécessaire de la vie du croyant. Dans "Moi, je ne juge personne." L'Évangile au-delà de la morale (Albin Michel/Labor et Fides, 1998), elle analyse notre besoin compulsif de juger l'autre. Dans Le pouvoir de pardonner (Albin Michel/Labor et Fides, 1998) , elle avance que l'humain possède en lui un tel pouvoir. "J'aborde les choses dans une perspective existentielle, indique-t-elle. Au fond, les gens n'ont jamais l'impression que c'est déconnecté de leur expérience."

YVON LAROSE