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2 octobre 2003

   

Université Laval

Nouveau mécanisme de contrôle des gènes

Le généticien Patrick Provost contribue à une découverte fondamentale qui pourrait bouleverser la façon de traiter les cancers et les infections virales

Un autre jalon vient d'être posé dans l'élucidation d'un nouveau mécanisme de contrôle de l'expression des gènes. Patrick Provost, du Centre de recherche du CHUL, et une équipe de chercheurs coréens et suédois ont publié, dans l'édition du 25 septembre de la revue britannique Nature, un pan d'information inédit sur le mode de fonctionnement de ce mécanisme qui pourrait bouleverser la façon de traiter les maladies qui résultent de la surexpression d'un ou de plusieurs gènes.

Patrick Provost va même plus loin. À ses yeux, ce mécanisme représente une "révolution génétique", car il modifie notre conception du dogme fondamental de la biologie qui veut que les gènes soient exprimés par la voie ADN-ARN-protéines. "Le mécanisme sur lequel portent nos travaux permet de bloquer l'expression des ARN messagers et conséquemment la synthèse des protéines, explique-t-il. Nous nous trouvons donc devant une nouvelle façon de réguler l'expression des gènes." Ce mécanisme serait présent chez plusieurs classes d'organismes vivants, allant des unicellulaires jusqu'aux plantes et animaux complexes. De plus, son action est très spécifique, ce qui laisse entrevoir la possibilité de cibler certains gènes sans perturber la synthèse normale des autres protéines.

En cascades
Au coeur de cette mécanique complexe se trouvent de courts segments d'ARN - appelés microARN -, considérés jusqu'à tout récemment comme des produits de dégradation métabolique qui traînaient dans la cellule. "Ces microARN sont complémentaires aux ARN messagers, indique Patrick Provost. Lorsqu'ils se fixent à eux, les ARN messagers ne peuvent plus être traduits en protéines. Des centaines de ces microARN ont été découverts chez les plantes et les animaux au cours des deux dernières années, mais on ne savait pas précisément comment ils étaient synthétisés."

Pour mieux comprendre d'où proviennent ces régulateurs, les chercheurs ont entrepris de remonter une à une les étapes de la voie métabolique qui conduit à leur synthèse. C'est ainsi qu'ils ont caractérisé une enzyme, Dicer, qui fabrique les microARN en excisant des segments d'ARN contenus dans une structure d'ARN à deux brins en forme de tête d'épingle. "Nous avons été la première équipe au monde à exprimer l'enzyme Dicer de l'homme sous forme recombinante", signale le chercheur, qui a d'ailleurs décrit cette méthode dans un article publié en novembre 2002 dans The EMBO Journal. "Nous avons reçu une cinquantaine de demandes de collaboration provenant de laboratoires étrangers depuis la publication de cet article", ajoute-t-il.

C'est d'ailleurs l'une de ces demandes qui a conduit Patrick Provost à collaborer avec des chercheurs coréens et suédois pour l'article de Nature. Dans cette dernière publication, les chercheurs décrivent l'étape qui précède la formation de la structure en forme de tête d'épingle et le rôle qu'y joue une enzyme nucléaire, appelée Drosha. "Les deux enzymes, Drosha et Dicer, interviendraient de façon séquentielle dans la production des microARN", avance le chercheur.

Potentiel énorme
Certaines maladies qui résultent de la surexpression d'un ou de plusieurs gènes - on pense entre autres au cancer et aux infections virales - pourraient être liées au mauvais fonctionnement de la voie métabolique qui conduit à la synthèse des microARN. Cette hypothèse ouvre de nouvelles perspectives dans le traitement de dérèglements cellulaires de la sorte, estime Patrick Provost.

"Les microARN nous donnent le moyen de contrôler l'expression d'ARN messagers spécifiques avec une précision inouïe, avance-t-il. Grâce aux outils du génie génétique, nous pouvons synthétiser ces microARN et, éventuellement, nous pouvons envisager de les administrer à des patients pour bloquer la synthèse des protéines qui posent problème. Je crois que le potentiel est énorme", conclut le chercheur du CHUL.

JEAN HAMANN