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25 septembre 2003

   

Université Laval

Du matsutake dans les forêts nordiques

La production naturelle de ce champignon prisé par les Japonais reste à établir

Les forêts du Nord du Québec abritent une espèce de champignon qui vaut son pesant d'or sur le marché japonais. C'est ce qu'ont découvert une équipe de scientifiques et de mycologues amateurs qui rentrent d'une expédition menée en Jamésie sous l'égide du Centre d'études nordiques (CEN) et du Centre de recherche en biologie forestière (CRBF).

«L'expédition a permis de confirmer la présence du matsutake dans les pinèdes à lichen de la localité de Radisson», résume prudemment le directeur du CEN, Yves Bégin. Question de freiner une intempestive ruée vers le Nord, le chercheur précise du même souffle que la répartition et l'abondance de ce champignon ne sont pas encore documentées et qu'il est trop tôt pour se prononcer sur le potentiel commercial de cette ressource.

Le matsutake américain - ou champignon des pins - peut rapporter jusqu'à 20 $ du kilo au cueilleur et il suffit de trois ou quatre champignons pour faire un kilo, signale le professeur à la retraite J.-André Fortin. Ancien directeur du CRBF, le professeur Fortin a été parmi les premiers à croire au potentiel du Nord québécois comme réservoir de matsutake. C'est d'ailleurs à sa suggestion que les mycologues ont organisé cette expédition nordique à la recherche de l'or blanc des sous-bois. "Les milliers de kilomètres carrés de pinède que j'ai survolés lors de mes voyages dans le Nord me semblaient des milieux propices pour le matsutake", souligne-t-il. Ce champignon apprécie les climats froids, il vit en symbiose avec le pin gris et il semble rechercher les peuplements âgés, autant de conditions réunies dans la pinède à lichen du Nord québécois.

Les Japonais utilisent le champignon des pins pour relever le goût du riz et des soupes et ils en importent en quantité à la suite du déclin de leurs propres populations de matsutake. Présentement, les exportations mondiales de cette espèce vers le Japon se chiffrent en millions de dollars annuellement. Le Canada, grâce aux provinces de l'Ouest surtout, vient au deuxième rang des pays exportateurs, juste derrière la Chine.

La présence de ce champignon ouvre la voie à une exploitation originale des pinèdes du Nord québécois, estime Yves Bégin. Mais, pour ne pas surexploiter le matsutake, il faudra d'abord mieux documenter son abondance et caractériser les habitats où il vit, prévient-il. "La découverte de cette espèce dans les pinèdes de Jamésie et son éventuelle valorisation commerciale constituent des arguments qui militent en faveur de la conservation de ces très belles forêts", commente le directeur du CEN. Le potentiel de récolte du matsutake dans le Nord québécois sera l'un des sujets discutés lors d'un colloque sur les champignons forestiers organisé par André Fortin les 20 et 21 novembre à Québec. Pour information: J.Andre.Fortin@videotron.ca ou 418 842-5955.

JEAN HAMANN