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4 septembre 2003

   

Université Laval

Malbouffe extrême à la télé

Les publicités qui touchent l'alimentation des enfants ont de quoi donner des boutons!

On savait déjà que les heures passées devant le téléviseur ne contribuaient pas à améliorer notre condition physique. Voilà que des chercheures du Groupe d'étude sur l'interdisciplinarité et les représentations sociales nous apprennent que le contenu télévisuel est lui-même "obésitogène", du moins en ce qui concerne la publicité sur les aliments visant les enfants. Les chercheures Marguerite Lavallée (Psychologie), Estelle Lebel (Information et communication) et Anne-Marie Hamelin (Sciences des aliments et de nutrition) et les étudiantes Annie Bédard et Amélie Dubé arrivent à ce constat après avoir étudié le contenu de publicités diffusées, pendant une semaine, aux heures d'écoute les plus probables pour les jeunes du primaire.

Au cours des 483 heures de télévision enregistrées par les chercheures, les réseaux Radio-Canada, TVA, TQS, Télé-Québec, Télétoon, Musique Plus et Musimax ont diffusé 7 673 messages publicitaires, dont 25 % à saveur alimentaire. Près des trois quarts (74 %) des produits alimentaires annoncés dans ces pubs ne font pas partie du Guide alimentaire canadien. Il s'agit essentiellement de grignotines, de friandises, de collations préparées et de diverses boissons. L'alimentation d'un enfant qui s'inspirerait uniquement de ces messages aurait de quoi donner des boutons aux nutritionnistes. "L'enfant ne consommerait aucun pain de grains entiers, pas de produits laitiers à la fois faibles en gras et en sucres, aucune légumineuse ni aucune noix, constatent les chercheures. Les seuls légumes qu'il consommerait seraient ceux qui proviennent de repas pré-préparés ou de repas au restaurant. Son alimentation globale serait déficiente en fibres alimentaires; elle serait aussi fort probablement trop riche en gras total, en gras saturés et en sodium. Un repas sur trois serait un repas déjà confectionné provenant de l'épicerie ou du restaurant."


Plusieurs messages publicitaires visent directement les enfants malgré la réglementation à cet égard



Quel code?
Même si elle est mauvaise conseillère en matière d'alimentation, la télé ne se gêne pas pour dispenser des messages nutritionnels à son jeune auditoire. Les enfants canadiens passent 18 heures par semaine devant le petit écran et ceux du Québec fracassent la barrière des 20 heures. Lorsqu'il entre à la maternelle, un enfant nord-américain moyen a déjà 5 000 heures de télévision dans la caboche. Ceci représente, grosso modo, 250 heures de messages sur la façon de se nourrir.

En matière d'alimentation, le segment de marché "enfants" n'est pas anodin, rappellent les chercheures. "Chaque année, les quatre millions d'enfants canadiens de 2 à 12 ans dépenseraient 1,5 milliard de dollars de leur propre argent et influeraient sur l'achat d'articles domestiques à hauteur de 15 milliards de dollars".

D'ailleurs, pour contrôler l'industrie de la publicité, l'Association canadienne des radiodiffuseurs s'est dotée d'un code pour les messages qui visent les enfants. "Les normes de ce code ne s'appliquent qu'aux produits exclusivement ou majoritairement utilisés par les 12 ans et moins, soulignent les chercheures. Dans le cas précis de la nourriture, notamment des boissons gazeuses et autres friandises sucrées ou salées, les normes ne s'appliquent pas puisque ces produits ne sont mangés ni exclusivement ni majoritairement par les moins de 12 ans". Néanmoins, l'analyse des chercheures montre que 30 % des messages publicitaires visent directement les jeunes en présentant des personnages enfants et adolescents. "Plusieurs messages visent directement les enfants malgré la réglementation canadienne à cet égard", jugent-elles.

Rappelons que plus du tiers des jeunes Canadiens ont un excès de poids et que la prévalence actuelle de l'obésité dans ce groupe d'âge - environ 13 % - aurait plus que doublé depuis 1981.

JEAN HAMANN