Au fil des événements
 

4 septembre 2003

   

Université Laval

"Un jour, un jour"

Expo 67 est devenue un élément de l'identité québécoise

En 1967, Montréal fut l'hôte d'une remarquable reconstitution du monde édifiée sur des îles du fleuve Saint-Laurent: Expo 67. Immensément populaire, l'exposition universelle de Montréal a enregistré quelque 50 millions d'entrées durant ses six mois d'existence. Pour Pauline Curien, adjointe à la rédaction d'Anthropologie et sociétés, une revue savante du Département d'anthropologie, de surcroît auteure d'une thèse de doctorat en science politique sur le sujet, Expo 67 a été un moment d'exultation pour les concepteurs du pavillon du Québec et pour les centaines de milliers de Québécois qui ont probablement circulé sur ce site exceptionnel. "Les uns et les autres, explique-t-elle, se sont approprié ce qu'il y avait d'extraordinaire à Expo 67 pour redéfinir une image gratifiante et jubilatoire du Québec."

Dans sa thèse, dont elle a fait la soutenance le 22 août, Pauline Curien se penche sur le rôle joué par Expo 67 dans l'évolution de l'identité québécoise. C'est à cette occasion que les Québécois se sont sentis devenir modernes: ils ont eu l'impression que le Québécois francophone moderne supplantait définitivement le Canadien français folklorique. "Le passage entre ces deux grands récits collectifs était déjà entamé depuis la Révolution tranquille et l'Expo, agissant comme un accélérateur, a permis de parachever le travail, indique-t-elle. En fait, l'intérêt d'Expo 67 était qu'elle ne se limitait pas à parler aux élites. Elle parlait à tous les Québécois et le peuple attendait ce discours. L'Expo 67 leur a donné l'occasion de s'inventer une nouvelle identité, moderne et gratifiante; aujourd'hui, l'Expo fait partie de l'identité québécoise."

Le pavillon du Québec en a surpris plus d'un. Le contenu de ce bâtiment moderne entouré d'eau, aux lignes sobres et élégantes et aux murs extérieurs en verre, s'articulait autour de trois thématiques: le défi, le combat et l'élan. Dans cette audacieuse représentation d'un Québec affranchi de son passé et tourné vers l'avenir, la foi, la tradition et l'Église catholique cédaient la place à la raison, la modernité et l'État. On y montrait notamment l'industrialisation et l'extension du réseau routier. Le design industriel, architectural ou d'intérieur était partout. Même les moyens de présentation constituaient des attraits. "Beaucoup de choses étaient représentées avec le cube comme élément de base, souligne Pauline Curien. Blanc, coloré, assemblé ou transparent, il a entre autres servi à représenter la ville et la forêt."

S'il mettait en valeur le dynamisme économique de l'époque, le pavillon restait muet sur le bouillonnement politique qui agitait le Québec. En fait, le Québec apparaissait presque comme un pays indépendant puisqu'on y faisait peu d'allusions à son inclusion dans le Canada.

Un rôle démythifié
Un des temps forts d'Expo 67 fut certes la visite du général de Gaulle au Québec et son célèbre discours prononcé le 24 juillet sur le balcon de l'hôtel de ville de Montréal. Pour Pauline Curien, le climat jubilatoire qui régnait à Montréal et au Québec en raison de l'exposition universelle a contribué à amplifier le message du général. "Si de Gaulle a eu ce rôle pour le Québec, dit-elle, c'est sans doute que le contexte était très propice à des déclarations grandiloquentes. Les gens étaient extrêmement fiers d'être Québécois, que l'exposition universelle se tienne à Montréal et qu'elle soit aussi remarquable. Je pense que l'enthousiasme ambiant n'a fait qu'amplifier l'effet du discours du général."

YVON LAROSE