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5 juin 2003

   

Université Laval

Requiem pour crosses de violon

Pour maintenir les populations sauvages de cette fougère, les cueilleurs devront suivre le rythme dicté par la nature

Les cueilleurs de crosses de violon devront faire montre de retenue pour que cette fougère sauvage ne connaisse pas le même sort que l'ail des bois. En effet, selon une étude réalisée par la professeure Line Lapointe et l'étudiant-chercheur Michel E. Bergeron, du Département de biologie, tout prélèvement de plus de 50 % des frondes d'une même fougère a une incidence sur la survie de la plante. Les deux chercheurs arrivent à cette conclusion au terme d'une étude de cinq ans au cours de laquelle ils ont testé l'impact de différentes intensités de défoliation sur l'accumulation de réserves nutritives et sur la survie des fougères.

Les crosses ou têtes de violon sont de jeunes frondes (feuilles) encore recroquevillées de la fougère-à-l'autruche, dont la forme rappelle l'extrémité d'un manche de violon. Cette plante vivace produit annuellement entre 4 et 8 frondes, disposées en couronne. Cueillies pendant une très courte période au printemps, elles font les délices des amateurs de produits du terroir, mais l'envers de l'assiette est que la demande croissante pour ce produit crée une pression sur les populations sauvages de cette espèce. Au Québec, plus de 70 000 kg de fougère-à-l'autruche fraîche trouvent preneur chaque printemps. Les données sur la récolte dans les autres provinces sont maigres, mais McCain produit annuellement 34 000 kg de fougères surgelées, récoltées essentiellement du Nouveau-Brunswick.

"La demande pour les crosses de violon augmente continuellement, au point où certains examinent la possibilité d'en faire la culture afin d'augmenter la productivité et d'éviter la surexploitation des populations naturelles", signale Line Lapointe. Les essais de culture intensive, qu'elle a menés sur un site de la région de Nicolet, ont donné des résultats mi-figue, mi-raisin. La fougère-à-l'autruche tolère bien la transplantation, mais elle est très sensible aux gels tardifs, au manque d'eau et au vent, précise-t-elle. "Sa culture semble possible mais exigeante et coûteuse et la rentabilité financière d'une telle opération reste à démontrer. Il serait sans doute préférable d'aménager des terres privées où la fougère-à-l'autruche est déjà abondante et vigoureuse, en coupant un certain nombre d'arbres matures afin d'augmenter la quantité de lumière qui parvient aux couronnes durant l'été. Cette approche nous semble de loin la moins coûteuse."

Au Québec, aucune législation ne limite pour l'instant l'intensité et la fréquence de la cueillette des crosses de violon. "La cueillette intensive pourrait rapidement mettre en péril plusieurs populations naturelles de fougère-à-l'autruche, prévient Line Lapointe. Les cueilleurs devraient se discipliner eux-mêmes et prélever, au maximum, entre le tiers et la moitié des frondes de chaque plante s'ils veulent assurer l'utilisation durable de cette ressource."

JEAN HAMANN