Au fil des événements  
 
 3 avril 2003

 Université Laval

Un droit plus humain

Des étudiants stagiaires se transforment en agents de changement social

Une cinquantaine d'étudiantes et étudiants en droit ont assisté, le mardi 25 mars au pavillon Charles-De Koninck, à une séance d'information sur le programme Pro bono Students Canada offert dans le cadre du cours Service juridique. C'est dire la popularité grandissante de ce programme national, lancé en 1996 à la Faculté de droit de l'Université de Toronto, et qui a démarré à Laval en 2001. Son principal objectif consiste à sensibiliser les étudiants aux problèmes soulevés par l'application concrète des lois, particulièrement en droit social. Le programme s'adresse surtout aux étudiants en fin de baccalauréat.

Dix-huit étudiantes et étudiants effectuent présentement et de façon bénévole un stage supervisé auprès de 12 organismes qui n'ont pas les moyens financiers de faire appel aux services d'avocats. On compte parmi eux l'Association coopérative d'économie familiale Rive-Sud de Québec, le Curateur public du Québec, le Bureau d'aide juridique et Facto, l'entreprise d'entraînement de l'Université Laval.

Certains plaident, d'autres informent
La loi du Barreau interdit aux non-avocats de donner des conseils juridiques. Pour cette raison, les étudiants stagiaires se limitent à donner de l'information de nature juridique à la clientèle. "Sauf dans le cas de la Cour canadienne de l'impôt, précise André Lareau, le professeur responsable du cours Service juridique. Si le montant en litige est inférieur à 12 000 $ par an, le contribuable peut être représenté par toute personne. Nous jouons ce rôle et nous représentons cette personne qui n'est pas déjà représentée par un avocat. Sinon, nos étudiants accueillent, écoutent et informent."

André Lareau n'hésite pas à qualifier de formidable l'expérience vécue par ses étudiantes et étudiants. "La passion, dit-il, s'empare d'eux." Selon lui, les étudiants se perçoivent en quelque sorte comme des agents de changement social. "On voit qu'ils sont animés d'une ferveur particulière, explique-t-il. Cela prend des gens qui ont le goût d'intervenir." Qui dit stage, dit forcément contact humain. "Cet aspect, indique André Lareau, est tel en stage que lorsque l'étudiant débutera sa carrière, il n'oubliera pas cette sensibilité particulière que l'on doit avoir avec ceux et celles qui viennent nous voir et qui sont dans le besoin."

Du toxicomane au contribuable
Marie-Hélène Leblanc-Bourque est actuellement stagiaire à la maison d'entraide pour toxicomanes Le Rucher. Environ les deux tiers de la clientèle ont déjà eu des démêlés avec la justice et plusieurs personnes ont des causes pendantes en cour. De nombreuses questions adressées à Marie-Hélène touchent au droit familial: garde des enfants, divorce, créanciers, etc. "Le cours pourrait s'appeler Initiation à la pratique!, lance-t-elle. On met en uvre tout ce qu'on a appris en théorie. On réalise à quel point nos connaissances peuvent réellement servir à des gens qui sont assis en face de nous. Cela confirme que je suis dans la bonne direction." Selon elle, le stage devient pour plusieurs une expérience de vie. "C'est devenu un intérêt personnel, dit-elle. Ce n'est plus seulement pour un cours que je fais ça."

À la session d'automne, Angela Veitch et Jean-Nicolas Prévost ont plaidé ensemble à Montréal devant la Cour canadienne de l'impôt dans une cause en fiscalité des pensions alimentaires. "Nous plaidions que madame n'avait pas à inclure sa pension alimentaire à son revenu, explique Angela. Nous avons perdu la cause. Mais dans son jugement, le juge a indiqué que nous avions fait un excellent travail, que nous avions du talent. Même le procureur du Ministère, qui était contre nous, nous a félicité. Je ne pensais jamais être plaideuse. Mais j'ai changé d'idée."

YVON LAROSE