Au fil des événements  
 
 13 mars 2003

 Université Laval

L'horreur au tribunal


Une justice pénale internationale, permanente et indépendante, prend forme


À la fin des années 1990, la création de la Cour pénale internationale (CPI), reliée au système des Nations Unies, a constitué une étape importante dans l'établissement d'une justice pénale internationale, permanente et indépendante, apte à juger des individus responsables de crimes contre l'humanité, de crimes de guerre, de crime de génocide ou de crime d'agression. Selon le statut de la Cour, les États signataires ont l'obligation de juger les responsables de telles atrocités, ou de les déférer à la Cour. À ce jour, 90 pays ont ratifié le texte de la Convention de Rome créant la CPI.

Le dimanche 2 mars, au pavillon Charles-De Koninck, Nicole Duplé, professeure à la Faculté de droit, a prononcé une conférence sur le thème "La poursuite et la répression des crimes contre l'humanité". Cette présentation avait lieu dans le cadre des activités du Mois du droit. Selon elle, la limitation de la compétence de la CPI dans le temps pose problème. "La Cour, dit-elle, est compétente pour juger des crimes commis après le 1er juillet 2001. Si un État devient partie du statut après cette date, la compétence de la Cour ne peut s'exercer qu'à l'égard des crimes commis après l'entrée en vigueur du statut pour cet État."

Un autre problème qui se pose découle du fait que certains pays, et non des moindres comme l'Inde et les États-Unis, n'ont pas ratifié le statut de la Cour. "Les Américains craignent de faire l'objet de poursuite pour des motifs essentiellement politiques dans le cadre de leur participation aux opérations de maintien de la paix, indique Nicole Duplé. Cet argument n'est guère convaincant car la Chambre préliminaire de la Cour a pour tâche d'éliminer les plaintes qui ne reposent pas sur des faits suffisamment solides pour justifier une poursuite. Certes, le fait que tous les États de la planète n'aient pas adhéré au statut affaiblit le rôle de la Cour et l'espoir de mettre fin à l'impunité."

Des États laxistes ou incapables
Selon Nicole Duplé, il était souhaitable de créer la CPI pour contrer le laxisme ou l'incapacité de certains États à réprimer les grands criminels qui relèvent de leur juridiction. "Nombre de personnes impliquées dans des crimes contre l'humanité n'ont jamais été jugées, explique-t-elle, alors que les États qui auraient eu la possibilité de le faire connaissent parfaitement leur présence sur leur territoire." L'ancien dictateur ougandais Idi Amin Dada, qui vit paisiblement en Arabie Saoudite, est l'un d'eux. En revanche, certains États sont allés très loin. Ces dernières années, des victimes alléguées de génocide ou de crimes contre l'humanité ont intenté de nombreuses poursuites devant les tribunaux français, allemands, espagnols, italiens et belges. En Allemagne, la justice a notamment condamné un Serbe à la prison à perpétuité dans le dossier du nettoyage ethnique en ex-Yougoslavie.

Qu'il s'agisse des Huns, des conquistadors espagnols ou des responsables du génocide arménien, les auteurs de crimes contre l'humanité, ces actes inhumains perpétrés contre les populations civiles, ont pu, jusqu'à une époque récente, commettre leurs atrocités en toute impunité. Ce n'est qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que la responsabilité individuelle des auteurs de crimes contre l'humanité a été affirmée en droit international. En 1945, le tribunal militaire de Nuremberg était institué pour juger les hauts dignitaires nazis, responsables de l'extermination de près des deux tiers de la population juive d'Europe. Plus près de nous, le Conseil de sécurité de l'ONU, s'inspirant de l'exemple de Nuremberg, a mis sur pied deux tribunaux ad hoc, pour les atrocités commises en ex-Yougoslavie et au Rwanda.

YVON LAROSE