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 13 mars 2003

 Université Laval

Sur la piste de nouveaux antibiotiques


L'élucidation de la structure d'une enzyme ouvre un nouveau front dans la lutte contre les maladies infectieuses

Une équipe internationale, à laquelle sont associés quatre chercheurs de la Faculté des sciences et de génie, vient d'élucider la structure et le mode de fonctionnement d'une enzyme essentielle à toute forme de vie. Robert Chênevert et Stéphane Bernier, du Département de chimie, Jacques Lapointe et Daniel Dubois, du Département de biochimie et de microbiologie, et quatre chercheurs japonais livrent les détails du fonctionnement de cette enzyme, la glutamyl-ARNt synthétase, dans une récente édition de la revue de l'European Molecular Biology Organisation (EMBO Journal).

En plus de présenter un grand intérêt sur le plan de la recherche fondamentale, cette découverte ouvre la porte à la synthèse de nouveaux antibiotiques qui cibleraient spécifiquement les formes de cette enzyme retrouvées chez les bactéries. "Les compagnies pharmaceutiques, aux prises avec le phénomène de résistance aux antibiotiques, sont à la recherche de nouveaux produits pour lutter contre les maladies infectieuses. Elles montrent donc beaucoup d'intérêt pour nos travaux sur la synthèse d'inhibiteurs spécifiques à cette enzyme", signale Jacques Lapointe.

Essentielle à la synthèse des protéines
La glutamyl-ARNt synthétase est une enzyme universelle, présente dans les cellules de tous les organismes vivants. "Elle sélectionne un acide aminé, l'acide glutamique, et elle le fixe sur son ARN de transfert, explique Robert Chênevert. Cette réaction constitue la première étape de son incorporation dans les protéines." Un organisme dépourvu de cette enzyme serait incapable de synthétiser la presque totalité des protéines dont il a besoin pour vivre et se multiplier.

Jacques Lapointe travaille depuis plus de 30 ans sur cette enzyme chez la bactérie E. coli. "Personne n'a encore réussi à élucider sa structure chez cette espèce, souligne-t-il. Nos collègues japonais ont eu l'idée d'utiliser une autre espèce de bactérie, Thermus thermophilus, qui, comme son nom le suggère, est très résistante à la chaleur. La structure de l'enzyme est plus stable chez cette espèce ce qui facilite sa cristallisation." Les cristallographes japonais, avec qui il collabore depuis 10 ans, ont eu recours au plus grand synchrotron au monde pour déterminer la structure tridimensionnelle de l'enzyme. Cet accélérateur de particules, situé en banlieue de Tokyo, permet d'étudier l'architecture des molécules par diffraction des rayons X.

Pour sa part, l'équipe de l'Université Laval, rattachée au Centre de recherche sur la fonction, la structure et l'ingénierie des protéines, a apporté une contribution significative à cette découverte en réussissant à synthétiser un inhibiteur de l'enzyme. "Cet inhibiteur ressemble à un intermédiaire qui apparaît pendant la réaction, explique Robert Chênevert. Il permet de figer l'enzyme en action et ainsi de comprendre son mode de fonctionnement."

La structure de la glutamyl-ARNt synthétase présente de légères variantes d'une espèce à l'autre. Les chercheurs veulent exploiter ces différences pour concevoir des inhibiteurs qui pourraient en bloquer l'action chez les bactéries, sans perturber le fonctionnement de l'enzyme chez les êtres humains. L'équipe de Robert Chênevert termine la synthèse de trois inhibiteurs potentiels qui seront bientôt testés sur des bactéries.

JEAN HAMANN