Au fil des événements  
 
 13 mars 2003

 Université Laval

LE COURRIER

Plus de 3 millions de morts, et on s'en fout
Un titre provocateur, oui, parce que l'on ne sait plus où est la priorité du Conseil de sécurité des Nations Unies. L'holocauste des populations congolaises continue sans que les décideurs internationaux ne bougent pour mettre fin à cette honte de l'humanité. Et voilà, l'attention est tournée vers le duel entre les Bush et Sadam Husein. Pourquoi les Congolais sont-ils oubliés? Pourquoi cette guerre suffisamment raciste s'éternise? C'est à ces deux petites questions que nous allons essayer de répondre.

Plusieurs hypothèses peuvent être avancées pour justifier les conflits dans la région des Grands Lacs africains. Mais l'élément le plus révélateur dans cette affaire c'est la complicité des Nations Unies aux crimes contre le peuple congolais. On peut lire dans un article du 15 avril 2001 du Grands Lacs Confidentiel que: "Disloquer le Congo à partir du Kivu, voilà la nouvelle démarche. En tête se trouve une ONG (Organisation non gouvernementale) hollandaise NOVIB []. [] l'épouse de Koffi Annan est hollandaise. Cette dernière est une condisciple de Hillary Clinton, l'épouse de Bill Clinton []. Ces deux dames auraient de fortes connexions dans l'ONG hollandaise NOVIB, dans d'autres filiales d'affaires juives et chez les présidents Museveni et Kagame". C'est comme si l'on assistait au meurtre de Jean-Baptiste (Bible, Matthieu 14).

Parlant de la connexion juive, Colette Braeckman1 dit que les souffrances des populations de l'Ituri et du Kivu en République démocratique du Congo (RDC) vont continuer encore pendant longtemps parce que les commanditaires de ces conflits voudraient faire disparaître les habitants de ces contrées. Ces populations doivent laisser leur place aux privilégiés de cette mondialisation sauvage, c'est-à-dire les fermiers blancs de l'Afrique australe qui seront tôt ou tard chassés, et des Israéliens désireux de quitter la Palestine. La disparition de ces populations congolaises sera comparable à celle de certains tribus autochtones d'Amérique du Nord. On ne parlera d'elles que dans des livres. Peut-on encore se questionner sur le projet "Pipeline de Salomon" de l'entreprise Westrac, qui consiste à acheminer l'eau du fleuve Congo gratuitement jusqu'en Israël (PANA du 27 janvier 2000) sans penser à une implication quelconque dans cet holocauste? Comment peut-on alors expliquer la judaïsation des Tutsi (Jerusalem Post du 23 novembre 1998) alors qu'ils ne sont pas parmi les tribus perdus d'Israël? Est-ce que c'est une quête d'identité ou une stratégie de conquête?

En fait, cette campagne d'extermination des populations congolaises n'est possible que grâce à la complicité des fils et filles de la région des Grands Lacs africains. Parmi eux, les armées rwandaise, burundaise (majoritairement tutsi) et ougandaise. Il y a aussi des Congolais bien sûr. Ainsi, pour que les victimes de cette mondialisation sauvage se fassent hara-kiri, il faut maintenir un État de sans droit où la rébellion et les commerçants collaborent en exploitant des ressources du pays sans payer les taxes (Jean-Philippe Rémy dans Le Monde du 20 février 2003).

Après plus de trois ans de guerre, nous observons un manque de volonté politique de la part du gouvernement de Kinshasa et de celle du Conseil de sécurité des Nations Unies de mettre fin à cet holocauste des populations de l'Est de la RDC. Le panel des experts des Nations Unies a fait des enquêtes sur le pillage et l'exploitation illégale des ressources naturelles de la RDC. Mm. Safiatou Ba-N'Daw, qui a dirigé ces premières enquêtes, a connu une forte pression et beaucoup de menaces pour avoir dénoncé les criminels. Elle fut forcée à démissionner et certains paragraphes de son rapport furent enlevés. Les recommandations sont restées sans suite. Et voilà les Nations Unies. Quant aux Congolais, eh! ben, on s'en fout. Après tout ce ne sont que des Noirs qui meurent.

KATEMBO KAKOZI CHARLES
Étudiant en sociologie

1. Braeckman, Colette 2003, Congo, les nouveaux prédateurs: politique des puissances en Afrique centrale, Paris, Éditions Fayard.