Au fil des événements  
 
 13 février 2003

 Université Laval

De la condition humaine

Huit pièces de haut calibre figurent au programme de la 54e saison des Treize

La troupe de théâtre Les Treize fait les choses en grand pour sa 54e saison, présidée cette année par Christian Michaud, un jeune comédien qui vient de terminer le Conservatoire d'art dramatique de Québec après trois ans consacrés à la troupe de l'Université Laval. Pas moins de huit pièces prennent l'affiche jusqu'à la mi-avril, s'ajoutant aux quatre pièces déjà jouées cet automne, soit le double des productions produites l'an dernier. En plus, la troupe lance un nouvel événement cette année, le gala des trésors, présenté le 17 avril. Lors de cette soirée-hommage, les créateurs, les artisans et les comédiens impliqués dans la saison 2002-2003 se partageront treize prix, exclusivement consacrés au théâtre. Mais pour l'instant, le rideau se lève sur les pièces à venir.

Les amateurs de drame humain auront de quoi pavoiser cette saison car la plupart des pièces présentées relèvent du registre dramatique. Qu'il s'agisse de drogue, de suicide ou de lutte entre le bien et le mal, les étudiants des Treize se posent de grandes questions essentielles sur la condition humaine. Ainsi, Jocelyne Trudelle, trouvée morte dans ses larmes, de Marie Laberge, qui prend l'affiche du 20 au 22 février à l'Amphithéâtre Hydro-Québec du pavillon Alphonse-Desjardins, met en scène une jeune fille en quête d'absolu qui oscille entre la vie et la mort. D'un côté ses parents, dont la mère démunie face aux tourments intérieurs de sa fille, et de l'autre, un violoncelliste à la musique obsédante.

Une semaine plus tôt, du 13 au 16 février au Théâtre de poche du pavillon Maurice-Pollack, l'absurde tient le haut du pavé avec la présentation de trois courtes pièces de Fernando Arrabal. Qu'il s'agisse de Les Cucarachas de Yale, de Bestialité érotique, ou d'Une tortue nommée Dostoïevsky, les couples sur scène s'échangent les répliques les plus assassines, tout en donnant l'impression de manier le compliment amoureux le plus doucereux au monde. Un peu plus tard, Junk, d'André Morency, présenté du 13 au 16 mars à l'Amphithéâtre Hydro-Québec, constitue une plongée dans un autre univers dominé par la violence. Dans cette intrigue policière sans policier et à saveur hollywoodienne, de petits truands s'affrontent dans un jeu très physique où les poings valsent souvent plus vite que les mots. La pièce donne ainsi la vedette à un chauffeur de taxi, issu du milieu de la drogue, qui tente de démêler un imbroglio qui risque de lui coûter la vie. Une production enlevée pour les amateurs de sensations fortes.

Cet animal étrange, d'Anton Tchekov, présenté au Théâtre de poche, transporte le spectateur dans un milieu bien plus policé. Une jeune ingénue, mariée à un riche vieillard, apprend le jeu de la séduction auprès d'un soupirant rompu à cet art. Très inspirée du théâtre russe, qui rappelle sans cesse au public qu'il assiste à une pièce de théâtre et non à une véritable histoire, la production emboîte les tableaux les uns dans les autres comme dans un jeu de poupées gigognes, où qui croyait séduire est séduit. Chaque année, Les Treize donnent aussi la chance à un travail de création de prendre la scène. Il s'agit pour cette saison de Monologue avec le diable, écrit par Stéphane et Henri Lamontagne, où un riche retraité vit les affres d'un combat intérieur entre les forces du bien et celles du mal. Rendez-vous du 27 au 30 mars au Théâtre de poche, pour savoir qui l'emportera.

La résistible ascension d'Arturo Ui, de Bertolt Brecht nage également dans les eaux troubles, celles du milieu interlope de Chicago où la terreur, le mensonge, l'hypocrisie et le chantage règnent en maître. Cette pièce, que l'on pourra voir du 3 au 6 avril à l'Amphithéâtre Hydro-Québec, constitue en fait une véritable métaphore de la montée au pouvoir d'Adolf Hitler, qui profite de la peur ou de la lâcheté des uns et des autres pour se tailler un empire. La semaine suivante, du 10 au 14 avril au Théâtre de poche, le spectateur poursuit son exploration des turpitudes de l'âme humaine à travers le drame passionnel d'Élisabeth dans Kamouraska. Adapté par Claude Jutras, le chef d'oeuvre d'Anne Hébert donne la parole à une panoplie de personnages qui cherchent à comprendre si oui ou non l'épouse du seigneur de Kamouraska a commis l'irréparable avec son amant, le docteur Nelson.

Pour finir la saison en beauté, en se déridant, un groupe de passionnés monte une comédie musicale où le chant et la danse constituent la vedette. Dans My Fair Lady, de Georges Bernard Shaw, présenté les 12 et 13 avril au Théâtre de la Cité universitaire, une petite vendeuse de violette se transforme en grande dame à l'anglais impeccable, grâce aux bons soins d'un linguiste en quête de pari. Bien évidemment, l'histoire maître-élève ne s'arrête pas là.

En souhaitant bonne chance à tous les artisans de cette saison d'hiver qui s'amorce, le comédien Christian Michaud leur a souhaité beaucoup de bafouillages, de sueurs froides, de rires et, surtout, une énorme dose de plaisir. Il sait de quoi il parle, puisque son expérience au Treize l'a conduit à pratiquer le métier qui le passionne aujourd'hui, comme Josée Deschênes, Raymond Bouchard ou Jean-Nicolas Verreault avant lui.

Le Bureau des activités socioculturelles (local 2344, pavillon Alphonse-Desjardins) vend les billets avant le spectacle au coût de 8 $, le coût étant de 10 $ à l'entrée. Une exception pour My Fair Lady:10 $ en prévente et 12 $ à la porte du spectacle. Les représentations débutent à 20 h.

PASCALE GUÉRICOLAS