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 13 février 2003

 Université Laval

Nuits blanches en déroute


Le traitement psychologique de l'insomnie améliore la qualité de vie des femmes après un cancer du sein

Cancer. Le mot, à lui seul, fait peur. Le noir cortège qui lui emboîte le pas est à l'avenant: anxiété, dépression, douleurs, nausées, vomissementsOn ne s'étonne guère que de 30 % à 50 % des personnes à qui on vient d'annoncer un diagnostic de cancer peinent à trouver le sommeil. Ce problème empoisonne aussi l'existence des femmes qui survivent à un cancer du sein. La crainte permanente du retour du spectre leur fait broyer du noir. Dans les premières années qui suivent le traitement de leur maladie, 51 % de ces femmes montrent des symptômes d'insomnie et 19 % souffrent carrément d'insomnie, a déjà démontré la professeure Josée Savard, de l'École de psychologie.

Ces femmes peuvent maintenant espérer de l'obscurité et du repos au bout de ce tunnel de nuits trop claires. Catherine Quesnel, Josée Savard, Sébastien Simard, Hans Ivers et Charles Morin, de l'École de psychologie et du Centre de recherche en cancérologie, publieront sous peu, dans la revue scientifique Journal of Consulting and Clinical Psychology, une démonstration de l'efficacité d'un traitement psychologique de l'insomnie pour les femmes qui survivent à un cancer du sein.

Le traitement cognitif-comportemental, élaboré par Charles Morin et son équipe, a été testé sur dix femmes qui ont commencé à souffrir d'insomnie après un diagnostic de cancer du sein. Les participantes se rencontraient, une fois par semaine, pendant huit semaines, pour des séances d'information et de discussion de 90 minutes. Lors de ces rencontres, dirigées par une psychologue, les participantes devaient apprendre à identifier certaines croyances qui contribuent à amplifier leurs problèmes d'insomnie (ex.: il faut aller au lit à la même heure chaque soir, si je dors mal le cancer pourrait récidiver) et à les remplacer par des pensées plus réalistes. Le traitement vise également l'adoption de bonnes attitudes et habitudes par rapport au sommeil: aller au lit uniquement lorsqu'on se sent fatigué, utiliser le lit exclusivement pour dormir, sortir de la chambre à coucher si le sommeil ne vient pas après 20 minutes, se lever à la même heure chaque matin, peu importe le nombre d'heures dormies la nuit précédente, etc.

Traquer l'insomnie
Les données recueillies par les chercheurs montrent que le traitement psychologique a produit une amélioration significative et durable de la qualité du sommeil chez près de 80 % des participantes. Des mesures effectuées en laboratoire montrent que le temps d'éveil a diminué de près de 40 % entre le début de l'étude et un test effectué six mois après la fin du traitement. Plus de 70 % des femmes ont atteint une qualité de sommeil caractéristique des bons dormeurs. Les résultats révèlent également une atténuation des symptômes de dépression et de fatigue physique, ainsi qu'une amélioration de la qualité de vie des participantes.

"Les quatre personnes qui utilisaient des somnifères ont cessé, de leur propre chef, d'en consommer, signale l'étudiante-chercheure Catherine Quesnel. Elles voulaient se départir de cette médication, parce qu'elles savent que ces produits ne sont pas recommandés à long terme et parce qu'elles avaient l'impression d'avoir recours à une béquille pour dormir."

Le traitement cognitif-comportemental, qui avait fait ses preuves contre l'insomnie dans la population en général, se révèle également efficace pour contrer l'insomnie qui frappe les personnes confrontées à un cancer, constate Catherine Quesnel. "Comme l'insomnie est un problème courant après un cancer, les médecins pourraient questionner leurs patientes sur la qualité de leur sommeil lors des examens médicaux et proposer le traitement comportemental-cognitif à celles qui en ont besoin. Les médecins de l'Hôtel-Dieu avec qui nous collaborons ont déjà commencé à le faire."

L'étude de Catherine Quesnel lui a valu le prix Guy-Bégin pour l'année 2002. Ce prix, décerné par la Société québécoise de recherche en psychologie, récompense le meilleur article scientifique dont le premier auteur est un étudiant. Ses travaux de doctorat, qui portent sur le même sujet, s'insèrent dans une étude plus vaste que sa directrice de thèse, Josée Savard, a entrepris auprès de 50 femmes qui ont survécu à un cancer du sein.

JEAN HAMANN