Au fil des événements  
 
 6 février 2003

 Université Laval

Les Québécois diraient oui au virage à droite

Portés par une nouvelle sensibilité historique, des éléments de conservatisme semblent en train d'émerger au pays de la Révolution tranquille

Le Québec issu de la Révolution tranquille a été marqué par la notion de progressisme et par l'idéal de la souveraineté. Comme cet idéal a abouti à un échec, et comme les changements inhérents au progrès donnent de moins en moins les résultats escomptés, il faut s'attendre à ce qu'apparaissent des éléments conservateurs, des éléments qui se rattachent à un passé plus ancien que la Révolution tranquille.

Ce point de vue est celui de Christian Dufour, politologue à l'École nationale d'administration publique. Il a livré ce commentaire à l'occasion d'un débat public présenté le mardi 28 janvier au pavillon Charles-De Koninck sur le thème "Le renouvellement des générations et l'émergence d'une nouvelle sensibilité politico-historique au Québec". Cette activité était organisée par la Chaire de recherche du Canada en histoire et économie politique du Québec contemporain, à l'occasion du lancement du livre Les idées mènent le Québec. Essais sur une sensibilité historique. Cet ouvrage collectif est publié aux Presses de l'Université Laval sous la direction de Stéphane Kelly, postdoctorant à la Chaire.

Des thèmes porteurs d'avenir
Christian Dufour identifie quatre éléments qui peuvent compenser l'échec référendaire, lequel a abouti à un affaiblissement politique du Québec. Plutôt défensifs, ces thèmes de nature conservatrice sont importants et surtout porteurs d'avenir pour la société québécoise. "Sur le plan historique, explique-t-il, les Québécois sont le peuple fondateur du Canada et le Québec se situe au cur de la construction de l'identité canadienne." Le fédéralisme, dit-il, comprend deux principes: la collaboration et la séparation des compétences. "C'est dans l'intérêt du Québec de rappeler ce dernier principe", souligne-t-il. Sur le plan linguistique, le politologue insiste sur la prédominance du français par opposition à un bilinguisme pancanadien. "Dans la nouvelle ville de Montréal, soutient-il, ce principe est très fonctionnel et important parce qu'il va éviter la bilingualisation." Enfin, dans le cadre de l'actuel projet de réforme des institutions politiques internes québécoises, il ne faut pas oublier, selon lui, que les institutions actuelles assurent un pouvoir considérable à la majorité francophone et font que le Québec est dirigé par un chef de gouvernement puissant.

Les partis générationnels
Vincent Lemieux, professeur associé au Département de science politique, a rappelé qu'au 20e siècle, le Québec a connu trois partis générationnels qui ont chacun polarisé de trente-cinq à quarante ans de la vie politique. D'abord, il y a eu le Parti libéral fédéral sous la férule de Wilfrid Laurier, ensuite l'Union nationale sous Maurice Duplessis et, enfin, le Parti québécois sous René Lévesque. "Ces partis, explique-t-il, se caractérisent par leur définition du nationalisme et du rôle de l'État. Il y a eu respectivement le nationalisme canadien contre l'empire britannique, le nationalisme autonomiste et le nationalisme souverainiste." Selon Vincent Lemieux, il n'est pas certain que l'Action démocratique du Québec (ADQ) soit le nouveau parti générationnel. "Dans les années trente, précise-t-il, on avait cru que ce serait l'Action libérale nationale avec Paul Gouin. A suivi une coalition avec Duplessis dont est ressortie l'Union nationale."

Selon Stéphane Kelly, trois éléments vont probablement influencer la donne politique au cours des prochaines années: la thématique générationnelle, la famille et le maintien de la classe moyenne. "L'ADQ, indique-t-il, a eu le mérite d'aborder ces thèmes traditionnellement ignorés par les élites nationalistes. Le parti qui réussira le mieux à tirer son épingle du jeu sera celui qui sera le mieux en mesure de conjuguer ces trois thèmes."

YVON LAROSE