Au fil des événements  
 
 6 février 2003

 Université Laval

 

Le paradoxe victorien


La compagnie Clio Dell'arte présente "L'étrange mal du Dr Jekyll"

En fondant la compagnie Clio Dell'arte, Catherine Ferland et Annie Breton ont voulu concilier deux passions. L'étudiante au doctorat en histoire et la diplômée en muséologie et en histoire ont écrit et mis en scène L'étrange mal du Dr Jekyll, avant tout par amour de l'histoire et du théâtre. En travaillant à partir de la célèbre nouvelle de l'auteur anglais Robert Louis Stevenson, Dr Jekyll et Mister Hyde, elles plongent tête baissée dans l'ère victorienne, tout en réfléchissant à des questions très contemporaines sur l'éthique, la science et l'avenir de l'humanité.

Petit rappel de la trame d'une histoire abondamment adaptée au cinéma depuis quelques décennies. Le docteur Jekyll, un chercheur soucieux de séparer le bien et le mal, décide de s'injecter une potion qu'il vient de concocter. Ce faisant, sa personnalité se dédouble et Édouard Hyde fait son apparition. "La pièce repose sur la dualité, indique Catherine Ferland. D'un côté, l'univers brillant du docteur, un monde plein de convenances dans la bonne société anglaise, et de l'autre, le monde secret du Londres souterrain, les tripots, la prostitution, mais aussi la liberté."

Contrairement à bien d'autres productions sur ce même thème, les deux auteures n'ont pas voulu trancher sur la source du mal qui ronge le docteur Jekyll. Bien sûr, sa fameuse potion joue certainement un rôle dans l'enchaînement d'événements qui surviennent dans la vie du scientifique, mais les deux conceptrices souhaitaient que le public se pose des questions. "Aujourd'hui comme au 19e siècle, le spectateur peut s'interroger sur la place d'une science toute puissante dans nos sociétés", indique Annie Breton. À entendre les deux jeunes femmes, il suffit de penser aux débats sur le clonage humain pour comprendre que les propos de la pièce restent d'actualité, même si Stevenson a écrit sa nouvelle en 1886, l'année où Pasteur met au point le vaccin contre la rage.

Barbe ou favoris?
Paradoxalement, même si les réflexions autour de L'étrange mal du Dr Jekyll s'avèrent très contemporaines, les auteurs et directrices artistiques tiennent à donner à la pièce une couleur historique très déterminée et réaliste. Catherine Ferland et Annie Breton ont potassé de nombreux livres sur l'époque victorienne pour respecter le plus possible la réalité vestimentaire de ce temps-là, mais aussi la posture physique des personnages, les bonnes manières en usage, et même les critères capillaires de beauté. "À la fin du 19e siècle, les modes évoluent extrêmement rapidement, raconte Catherine Ferland. Avec l'arrivée des magazines de mode, une année la redingote s'allonge, l'autre elle raccourcit, on porte la barbe ou les favoris." Soucieuses de ne commettre aucun faux pas historique, les deux complices ont donc choisi de tirer l'aiguille et de confectionner elles-mêmes costumes et chapeaux. Un graphiste leur a également donné un coup de main pour la fabrication des décors et de certains des accessoires.

"C'est un projet magnétique qui attire du monde, remarque Annie Breton, Dès que nous avons fait passer des auditions pour choisir la douzaine de comédiens dont nous avions besoin, les gens se sont montrés très enthousiastes." Des employés de l'Université Laval, des étudiants, des diplômés. composent la distribution, ce qui fournit aux deux directrices artistiques une palette très variée adaptée aux différents âges des personnages. Si pour l'instant les deux amies se consacrent entièrement à la préparation de la pièce, elles commencent déjà à envisager la création d'un autre spectacle. Un spectacle qui leur permettrait encore de faire découvrir un pan d'histoire à un public à la recherche de divertissement.

La pièce L'étrange mal du Dr Jekyll sera présentée les 14 et 15 février à 20 h et le 16 février à 14 h, à l'amphithéâtre Hydro-Québec du pavillon Alphonse-Desjardins. Billets: 10 $ en prévente au local 2344 du pavillon Alphonse-Desjardins, 12 $ à l'entrée.

PASCALE GUÉRICOLAS